Culture

Sombre avenir pour le Fespaco

Financements en diminution, films africains moins nombreux… les difficultés auxquelles le festival de Ouagadougou doit faire face se multiplient.

Mis à jour le 22 juin 2010 à 18:35

Les salles de cinéma sont de plus en plus rares sur le continent. © AFP

Même le site web du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou n’incite pas à l’optimisme. Dans sa page « Actualité », les deux brèves les plus récentes évoquent le décès du comédien burkinabè Sotigui Kouyaté et celui du cinéaste sénégalais Mahama Johnson Traoré. Le cinéma africain en serait-il réduit à ne plus se tourner que vers son passé ?

C’est ce que pense le réalisateur ivoirien Roger Gnoan M’Bala, dont le film Au nom du Christ a reçu le Grand Prix 1993 du Fespaco, qui a récemment déclaré que « le cinéma africain est en train de mourir ». C’est aussi ce que craint Michel Ouédraogo, le délégué général du Fespaco : « La programmation de la dernière édition [en 2009, NDLR] a été de grande qualité. Mais la moisson sera moins bonne en 2011. Je peux me tromper, mais quand je vois les scénarios qu’on m’envoie, je m’inquiète. »

Sa chemise d’un rouge éclatant contraste avec les sombres angoisses de celui qui dirige le Fespaco depuis deux ans. Selon lui, le cinéma du continent stagne faute de moyens financiers. « Le problème n’est pas humain. Il y a vraiment de la qualité chez les jeunes générations. Mais il n’y a pas d’argent. » En écho au constat de M’Bala selon lequel « il n’y a pas de voie, pas de circuit », Ouédraogo se désole de voir les financements s’amenuiser et les salles de cinéma disparaître « parce que les films étrangers que l’on propose n’ont rien à voir avec le quotidien des Africains ». Surtout, il redoute que la déliquescence du cinéma continental ne se répercute sur le Fespaco. « Nos difficultés sont à l’image de celle du cinéma africain », reconnaît-il.

En quête de sponsors

Victime de son succès – « en 1969, nous proposions 13 films, aujourd’hui, nous en sélectionnons 124 et nous enregistrons près de 13 000 badges et 1 million de spectateurs » –, le festival, qui compte 40 salariés, n’arrive plus à se financer. Si Ouédraogo se refuse à évoquer un S.O.S., ça en a tout l’air. « Ce n’est pas alarmant. Beaucoup de festivals sont passés par là. Mais si on ne fait rien… »

En cause : la « lassitude » des bailleurs, « qui ne voient plus l’intérêt de financer la culture comme avant », et la multiplication des événements culturels en Afrique. « Il y a vingt ans, le Fespaco était seul. Aujourd’hui, rien qu’au Burkina Faso, il y a un festival de gospel, un autre de jazz… Sur le continent, il y a le festival de Zanzibar, celui d’Abidjan… Or nous allons tous vers les mêmes partenaires. L’enveloppe se réduit. » Jusqu’à présent, l’État burkinabè a joué les bouche-trous. Selon Ouédraogo, son soutien est passé de 165 millions de F CFA (250 000 euros) en 1995 à plus de 500 millions de F CFA en 2009, quand la contribution des autres partenaires financiers chutait de 700 millions à 275 millions de F CFA – pour un budget total de 2,5 millions d’euros. Aujourd’hui, ce n’est plus tenable. « L’État a d’autres priorités. Nous devons trouver d’autres sources de financement », lâche-t-il.

Pour cela, le délégué général compte plus que jamais communiquer afin de « mobiliser l’ensemble des acteurs ». Ouédraogo entend faire du pied aux sociétés privées – « on ne doit pas s’interdire de faire ce qu’a fait la CAF [Confédération africaine de football, NDLR] en faisant sponsoriser la CAN [Coupe d’Afrique des Nations, NDLR] par Orange » – mais aussi aux autres festivals, comme celui de Cannes, « qui a intérêt à soutenir le cinéma africain ».

Tout cela ne sera pas simple, reconnaît l’ancien journaliste. Quarante et un ans (et 21 éditions) après sa création, le Fespaco peut-il disparaître ? Ouédraogo n’y croit pas. « Nous suscitons toujours l’intérêt. À chaque festival, les salles sont pleines », assure-t-il, tout en reconnaissant que tout dépendra de l’évolution du cinéma africain. « Si on produit de bons films, tout ira bien. Des salles rouvriront et les financeurs reviendront. » On en est encore loin : il y a dix ans, le Burkina Faso comptait une cinquantaine de salles de cinéma ; aujourd’hui, c’est à peine s’il y en a dix.