Économie

Unitaid a récolté 1,8 milliard de dollars grâce à la taxe sur les billets d’avion

Avec la taxe sur les billets d’avion, Unitaid est pionnier d’un nouveau mode de financement. Depuis 2006, 1,8 milliard de dollars ont ainsi été récoltés en faveur de la lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose.

Par
Mis à jour le 22 mai 2013 à 12:06

Depuis son entrée en vigueur en juillet 2006, la taxe sur les billets d’avion a permis de récolter plus d’1,8 milliard de dollars. C’est ce qu’a annoncé le 21 mai Philippe Douste-Blazy, président d’Unitaid et ancien ministre français, à l’occasion du bilan annuel de l’organisme au Grand Palais, à Paris. Un financement innovant destiné pour l’essentiel à financer les programmes d’Unitaid favorisant l’accès aux médicaments contre le sida, le paludisme et la tuberculose.

Financement

Lancée à l’initiative de la France, de la Norvège, du Royaume-Uni, du Chili et du Brésil, la taxe sur les billets d’avion est désormais collectée aussi par sept pays africains : le Cameroun, le Congo, Madagascar, le Mali, Maurice, le Niger et le Tchad, qui a rejoint cette initiative en mars 2013. Le Kenya et le Burkina Faso ont annoncé leur volonté de participer à cette taxe prochainement. Au total, une trentaine de pays participent au financement d’Unitaid. « L’une des forces d’Unitaid est qu’il s’inscrit dans une démarche sud-sud »  explique Philippe Douste-Blazy.

Entre 2006 et 2012, le Cameroun a ainsi participé à hauteur d’1,4 million de dollars et Maurice à hauteur de 8,7 millions. Ce mini-prélèvement sur les billets d’avion pour financer l’aide au développement se présente de la manière suivante : il représente un euro en classe économique et 40 euros en classe affaires. Il est mis en place par les autorités nationales et n’est pas à la charge des compagnies aériennes. Au total, 65% des fonds recueillis par Unitaid proviennent de cette taxe. La Fondation Bill et Melinda Gates ainsi que la Fondation du Millénaire contribuent également au financement d’Unitaid à hauteur de quelque 11 millions de dollars.

Le paludisme, la tuberculose et le VIH/sida en Afrique :

– 80% des cas surviennent dans 17 pays, principalement des pays africains. À eux seuls, le Nigéria et la RD Congo totalisent plus de 40% du nombre total estimatif de décès par paludisme dans le monde
– En 2011 en Afrique, 1 367 193 personnes meurent de tuberculose
– Au total, 22,5 millions de personnes vivent en Afrique avec le VIH/sida, soit 68% des personnes séropositives dans le monde

Autre source de financement, la taxe sur les transactions financières (TTF), mise en place en France en 2012. François Hollande a annoncé que 10% des recettes de cette taxe serait consacrée au développement. Début 2013, dix autres pays européens ont convenu de mettre en place une TTF qui entrera en vigueur en 2014. Néanmoins, la part qui sera réservée au développement n’a pas encore été débattue.

Fonctionnement

Hébergé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et souvent qualifé d’ONU du médicament, Unitaid a comme objectif d’aider au financement de médicaments dans les pays en voie de développement. Trois maladies principales sont ciblées : le sida, le paludisme et la tuberculose. Unitaid finance les projets de partenaires opérationnels qui participent à la lutte contre ces trois maladies. Les principaux sont l’Onusida, l’Unicef, le Clinton Health Access Initiative (Chai), l’OMS, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme…

Lire aussi :

Aide au développement : les effets de la crise se font sentir
Maximiser les objectifs de développement minimaux 

Baisser les coûts

La principale force d’Unitaid : arriver à faire baisser les coûts. « Les entreprises établissent leurs prix en fonction de leur environnement. Si on regroupe la demande de plusieurs pays en une seule commande et qu’on l’envoie suffisamment en avance, les groupes pharmaceutiques rentrent dans leurs frais en ayant des délais plus longs et en utilisant leur capacité de production au maximum. L’un dans l’autre ils conservent leur marge », explique Denis Broun, directeur exécutif d’Unitaid depuis septembre 2011.

En effet, en programmant d’importants volumes d’achat, Unitaid négocie une baisse des prix et amène les laboratoires à s’intéresser à des marchés pour lesquels il n’existait pas de clientèle solvable. L’exemple des antirétroviraux (ARV) pédiatriques est représentatif. Ils sont décisifs pour lutter contre le sida dans les pays pauvres, mais ils sont inutiles dans les pays développés avec une prévention de la transmission mère enfant généralisée.

Un accord sur les brevets

L’une des plus grandes réussites d’Unitaid réside dans l’accord signé en 2010 avec Gilead, un laboratoire pharmaceutique américain. Avec cet accord, elle a renoncé, pour certains pays, à ses brevets sur quatre molécules, dont deux ne sont pas encore sur le marché. Ainsi, les fabricants indiens de génériques ont commencé à produire et à combiner des copies à bas prix des traitements anti-VIH de Gilead, avant de les commercialiser dans les pays les plus pauvres.