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La Guinée face à son destin

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Des voisins attentifs

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Mis à jour le 25 juin 2010 à 11:55

Partie pour être le premier scrutin transparent de l’histoire de la Guinée indépendante, l’élection présidentielle du 27 juin est l’objet de toutes les attentions en Afrique de l’Ouest. Les opinions sur cette échéance cruciale sont toutefois contrastées dans la sous-région. S’il y a un pays où la situation à Conakry est suivie de près par la classe politique et par l’opinion, c’est bien la Côte d’Ivoire. Incapable d’organiser ses élections depuis 2005, l’ancienne vitrine sous-­régionale sera dans une position encore plus inconfortable si la Guinée réussit pacifiquement la sienne.

Au Bénin, au Sénégal ou encore au Mali, où le fonctionnement démocratique est bien rôdé, les opinions publiques sont sceptiques sur la capacité de la Guinée à relever le défi, tandis que les dirigeants politiques tentent de ménager l’avenir.

Médiateur dans la crise guinéenne, le chef de l’État burkinabè, Blaise Compaoré­, joue l’équilibriste. S’il entretient des liens depuis plusieurs années avec l’opposant historique Alpha Condé et avec l’ex-directeur exécutif de la Cedeao, Lansana Kouyaté, il apprécie Sidya Touré, qu’il trouve sérieux et compétent, et manifeste de bonnes dispositions vis-à-vis de Cellou Dalein Diallo ainsi que de François Lonsény Fall. Le numéro un ivoirien, Laurent Gbagbo, quant à lui, est plus proche d’Alpha Condé (avec qui il siège au sein de l’Internationale socialiste) et de Lansana Kouyaté, qui fut représentant de l’­Organisation internationale de la Francophonie à Abidjan. Tandis que son opposant et ex-Premier ministre Alassane Dramane Ouattara accorde sa faveur à « Sidya », qui fut son directeur de cabinet à la primature. La présidente libérienne, Ellen Johnson-Sirleaf, connaît elle aussi très bien Sidya Touré, qu’elle a côtoyé plusieurs années durant au sein de la Fondation Soros.

Connu pour sa propension à arrondir les angles, le chef de l’État malien, Amadou Toumani Touré, joue l’apaisement et reçoit un à un les candidats, en prodiguant ses conseils, en les appelant au fair-play et en demandant la création d’un gouvernement d’union nationale au lendemain du scrutin.

Son homologue sénégalais, Abdoulaye Wade, ne se limite pas aux bons offices. Ce vieux routier de la politique, resté vingt-six ans dans l’opposition, connaît la difficulté de financer une campagne électorale quand on n’est pas au pouvoir. Comme ses pairs, il met parfois la main à la poche pour assister les candidats. Tous ou presque ont eu droit à ses largesses. Il a « aidé » (l’expression est de l’un de ses collaborateurs) Alpha Condé, de passage à Dakar à la veille du lancement officiel de la campagne, offert des véhicules à l’ex-ministre des Finances Ibrahima Kassory Fofana, confectionné du matériel électoral au profit de Cellou Dalein Diallo… Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’élection guinéenne du 27 juin ne laisse pas la sous-région indifférente.