Politique

Serigne Cheikh Maty Lèye succède au sixième khalife

Serigne Mouhamadou Lamine Bara Mbacké, en février 2009, à Touba. © AFP

Serigne Mouhamadou Lamine Bara Mbacké, le sixième khalife général du mouridisme, décédé la nuit du 30 juin, laisse l'image d'un bâtisseur et d'un guide religieux moderne. Son successeur, Serigne Cheikh Maty Lèye, a été nommé le 1er juillet.

Il ne reverra plus ses trois iPhone qu’il manipulait avec curiosité, ni les nombreux bolides à bord desquels il aimait se déplacer. Serigne Mouhamadou Lamine Bara Mbacké s’est éteint dans la nuit du 30 juin au 1er juillet, à l’âge de 86 ans. Le religieux avait été hospitalisé dans une clinique dakaroise fin mai-début juin, après une intoxication alimentaire.

Il était le sixième khalife général du mouridisme – la confrérie musulmane créée par Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké, un soufi qui vécut de 1853 à 1927 dans le bassin arachidier sénégalais – et s’était assis dans le fauteuil du khalifat depuis la disparition, le 27 décembre 2007, de Serigne Saliou Mbacké, dernier fils du fondateur.

Premier petit-fils à être khalife, Serigne Mouhamadou Lamine Bara Mbacké a régné pendant trente mois. Celui que les Sénégalais surnommaient « Elhadji Bara » a néanmoins eu le temps d’entreprendre les chantiers de modernisation de la ville sainte de Touba, capitale de la confrérie. Pour gérer au mieux la couverture médiatique du Magal, la manifestation annuelle à l’occasion de laquelle Touba accueille des millions de fidèles, il avait mis en place une équipe de communication. Il laisse donc l’image d’un bâtisseur, mais également celle d’un guide religieux moderne, ouvert aux nouvelles technologies de l’information et aux médias.

Un successeur discret

Pour lui succéder, Sidy El Moctar Mbacké – plus connu sous le nom de Serigne Cheikh Maty Lèye – a été investi au petit matin le 1er juillet.

Le nouveau khalife, 85 ans, est réputé être un soufi – un courant de l’islam qui apprend à se couper de toutes les préoccupations terrestres – partisan d’un islam rigoriste. Pratiquant austère, il est aussi conservateur que son prédécesseur était moderne. Un fait inhabituel a d’ailleurs surpris plus d’un observateur. Quand le chef de l’État sénégalais, Abdoulaye Wade, lui-même adepte de la confrérie mouride, s’est rendu à Touba, le 1er juillet, pour lui présenter ses condoléances et lui faire allégeance, le nouveau khalife a répondu par le silence. Commentaire d’un proche : « S’il ne change pas au contact du pouvoir, le nouveau guide ne va pas être commode. Et il faut qu’il le soit : le chef de l’État a besoin du vote mouride pour remporter la présidentielle de 2012, à laquelle il est candidat. »

Cette appréhension est d’autant plus légitime que Serigne Cheikh Maty Lèye a, de l’avis de tous ses proches, toujours été réfractaire aux connivences entre sa famille et le régime. Né en 1925 à Mbacké Kadior, dans l’arrondissement de Darou Mousty, au cœur du Sénégal rural, le fils de Serigne Lamine Bara Mbacké et petit-fils de Cheikh Ahmadou Bamba, s’est toujours tenu à l’écart des attraits de la ville et de l’argent « pour mieux protéger son âme ». Il ne vient à Touba qu’en cas de nécessité, passant le plus clair de son temps à enseigner le Coran dans ses daaras installés dans les villages de Nganda (près de Thilmakha, dans le département de Kébémer) et de Ndindi (à côté de Dékhlé, dans la région de Diourbel), ou à s’adonner à son autre passion, l’agriculture.

Le septième khalife du mouridisme est un homme discret et modeste, que beaucoup de Sénégalais n’ont découvert qu’à l’occasion de son intronisation. Il ne tardera pas à imprimer sa spécificité à la conduite de la plus puissante confrérie du Sénégal.

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