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Cet article est issu du dossier «Jet-set : le Maghreb bling-bling»

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Société

L’habit ne fait pas la star

Jamel Debbouze avec des amis à une fête à la Villa Didon de Carthage (Tunisie) en 2008. © Ons Abid pour J.A.

Voitures de luxe, yachts flambant neufs, week-ends shopping à Paris ou à Rome, soirées arrosées des meilleurs crus… Ça brille, c’est clinquant, ça ressemble à la jet-set… mais ça ne l’est pas tout à fait. « En Tunisie, la jet-set, au sens littéral du terme, n’existe pas. En grande partie parce qu’il n’y a pas de lieux où se retrouveraient les fêtards fortunés du monde entier. Par contre, il y a des Tunisiens très riches, ouverts sur le monde, qui consacrent beaucoup d’argent à leurs loisirs et qui apprécient de vivre entre eux », constate une journaliste et blogueuse tunisienne.

Zeineb fait partie de ceux-là. Mariée à un richissime homme d’affaires, elle n’a jamais travaillé. Avec malice, elle confesse qu’il lui arrive de prendre l’avion pour se faire coiffer à Paris et qu’elle fait parfois l’aller-retour en vingt-quatre heures. Elle roule dans un 4×4 luxueux et, lorsqu’elle est à Tunis, elle affectionne les après-midi entre femmes dans les restaurants chics de Gammarth. Mais c’est en Europe qu’elle fait son shopping et qu’elle passe ses vacances. Ses enfants ont appris à skier à Megève, dans les Alpes françaises, et à nager à Marbella, sur la côte andalouse.

Le goût de l’ostentation chez  les « nouveaux riches »

« À Tunis, il n’y a pas tellement d’offres pour les loisirs. Je préfère aller à l’étranger, où je peux profiter sans complexe des restaurants, des boîtes de nuit et des boutiques. Mais même là, je rencontre toujours les mêmes Tunisiens », raconte-t-elle. Comme beaucoup de ses amis, Zeineb préfère être discrète et ne s’étend pas sur les récits des soirées privées dans la capitale. Elle fréquente des personnalités proches du pouvoir, des grands patrons et quelques sommités des médias. Un cercle très fermé, où la confidentialité est une valeur primordiale.

Ceux qu’on appelle les « nouveaux riches » sont moins réservés. Chez eux, on a le goût de l’ostentation. « L’été à Hammamet, c’est à qui aura le plus beau yacht, à qui organisera la fête la plus luxueuse. On est dans une surenchère continuelle », poursuit notre journaliste.

On est loin des années 1920 : la station balnéaire représentait alors le summum du glamour, et le meilleur de la jet-set internationale y avait posé ses valises. Une communauté d’artistes, dont Paul Klee, Alberto Giacometti, Jean Cocteau ou Hubert de Givenchy lui donnèrent alors une dimension cosmopolite et la rendirent célèbre. Dans son palais, le prince roumain Sebastian reçut le gratin des célébrités mondiales, et Winston Churchill y écrivit une partie de ses Mémoires. « Mais ce temps est révolu. Aujourd’hui, c’est plutôt le règne de la vulgarité. Les gens riches se contentent de singer la jet-set qu’on voit dans les magazines et à la télévision », regrette l’héritier d’une grande famille tunisoise.

À quinze sur une bouteille

C’est surtout le cas de la jeune génération, souvent oisive, qui n’hésite pas à dépenser sans compter l’argent des parents dans les fêtes et les loisirs. Influencés par la culture bling-bling des années 2000, ils se retrouvent notamment dans le restaurant de l’hôtel Villa Didon, à Carthage. Sacs griffés pour les filles, voitures de sport pour les garçons : malgré leur jeune âge, ces héritiers ne se refusent rien.

Dali Nahdi, jeune réalisateur tunisien, a filmé cette pseudo-jet-set, un peu comme l’avait fait avant lui la réalisatrice marocaine Laïla Marrakchi dans Marock. « Dans Il était une fois à l’aube, j’ai voulu montrer cette jeunesse dorée, très gâtée mais un peu désœuvrée », explique-t-il. Passe-droits, dépenses extravagantes : Dali Nahdi ne cache rien. Et il insiste sur l’absence de repères de cette jeunesse, déchirée entre son attachement aux traditions tunisiennes et sa fascination pour le modèle occidental.

« Pour les Tunisiens, le terme jet-set est synonyme de réussite sociale. Beaucoup de jeunes sont attirés par ce mode de vie et essaient de l’imiter, même s’ils n’en ont pas du tout les moyens », explique l’humoriste Lotfi Abdelli. Lors de ses sketchs matinaux sur Mosaïque FM, il se moque régulièrement des bandes de jeunes qui commandent à quinze une bouteille de champagne hors de prix, ou des jeunes femmes qui s’endettent pour acquérir le dernier sac à la mode, en rêvant d’épouser un riche héritier.

Preuve que la jet-set fascine, le terme est utilisé à tout-va dans les conversations en ville et la plupart du temps à mauvais escient. Un site internet s’est même spécialisé sur ce créneau : interview de stars, photos des soirées les plus en vogue, jetsetmagazine.net est le reflet de cette fascination. 

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