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La stratégie du passage de relais

Mis à jour le 29 juillet 2010 à 11:16

Pour augmenter leur rentabilité et se concentrer sur le commercial, les opérateurs commencent à céder leurs tours de télécommunication à des sociétés spécialisées.

En reprenant les actifs africains du koweïtien Zain, en mars, Bharti Airtel s’est fixé un objectif : se concentrer sur la conquête de clients. Pour ce faire, l’externalisation généralisée de nombreuses activités figure parmi les priorités annoncées par le groupe indien. Sans surprise, il devrait ainsi rapidement sous-traiter la gestion de ses relais télécoms, comme il l’a fait en Inde en créant Bharti Infratel. L’idée est simple : céder les tours de télécommunication à une filiale ou à un gérant extérieur, puis en devenir locataire.

Tendance à l’externalisation

« Pour gérer les réseaux cellulaires et les tours, les sociétés spécialisées sont plus efficaces et plus rentables, explique Devine Kofiloto, analyste indépendant. Les opérateurs peuvent donc économiser sur les dépenses en capital et se concentrer sur leur corps de métier, les télécoms. Ils n’ont plus besoin de s’occuper du développement des sites, ni des processus d’autorisation auprès des autorités locales, de la sécurité, de l’approvisionnement en électricité. » Selon une étude de Delta Partners, la zone Afrique et Moyen-Orient hébergerait environ 200 000 tours de télécommunication, pour la plupart détenues jusqu’à aujourd’hui par les opérateurs télécoms eux-mêmes.

La tendance à l’externalisation devrait augmenter à mesure que la croissance de la rentabilité des opérateurs commencera à s’épuiser. Au Ghana, Tigo vient d’ouvrir le bal, en annonçant la cession de 750 relais à Helios Towers Ghana, une toute nouvelle société dont Millicom, propriétaire de Tigo, devrait posséder une petite part du capital. Selon les médias sud-africains, Cell C, numéro trois en Afrique du Sud derrière MTN et Vodacom, s’apprêterait à faire de même. American Tower Corporation et Eaton Telecom, les repreneurs supposés, récupéreraient alors une infrastructure couvrant 80 % de la population… 

Équipements partagés

L’externalisation progressive des tours aura, à terme, une autre conséquence : la généralisation de leur partage entre opérateurs. Les gouvernements, inquiets de la multiplication des relais, y sont globalement favorables. Le marché ne demande donc qu’à se développer et quelques acteurs, dont Helios Towers et Eaton Telecom, sont déjà bien positionnés. Créé par des tacticiens de premier plan, anciens d’Orange, de Vodafone et de Celtel, Eaton revendique ainsi déjà des activités dans une quinzaine de pays africains. Helios est quant à lui parvenu à drainer 290 millions d’euros, amenés notamment par George Soros, pour son développement panafricain, après avoir connu le succès au Nigeria : Helios Towers Nigeria, créé en 2005, est devenu leader du marché dans son pays, avec plus de 600 tours.

La solution a naturellement séduit des acteurs de taille modeste qui, disposant de moyens plus limités, sont la première cible des gestionnaires de tours, mais a aussi su attirer des majors, comme MTN ou Zain. « L’un des risques pour les opérateurs est la perte de l’avantage concurrentiel de la couverture géographique, souligne Devine Kofiloto. Mais si vous considérez les zones urbaines à forte densité où les développements de partage de tours sont les plus probables, la couverture géographique ne représente plus depuis longtemps un avantage concurrentiel. » Selon Delta Partners, un partage des relais entre opérateurs pourrait leur permettre d’économiser jusqu’à 6,6 milliards d’euros, en supposant une augmentation de 50 % du parc actuel de tours.