Culture

Papa Wemba, serviteur de lui-même

Papa Wemba à la Cité de la Musique à Paris, le 5 juillet. © Hidéto Ogawa pour J.A.

Rencontre avec la star de la rumba congolaise, à l’occasion de la sortie de son nouvel album intitulé "Notre père", le premier en solo depuis neuf ans.

Ce n’est pas parce qu’il a rencontré le pape il y a six mois que Papa Wemba a intitulé son dernier album Notre père – sorti le 6 juillet chez Sina Performance. « Rien à voir », dit-il. Le « père » que la vedette de la rumba congolaise chante avec « Six millions Ya Ba soucis », « Mima », « Sapologie », « As de mon cœur », « Thermomètre » (quelques-uns de ses douze nouveaux titres) est bien plus terrestre. Il porte un tee-shirt bariolé sur un treillis vert kaki, pianote sur un iPhone et fixe ses rendez-vous au Café de la musique, dans le nord de Paris. Tatoué en lettres minuscules, son nom se lit entre les plis de son cou, du côté droit : « Papa Wemba ».

Pas de fausse modestie

On l’aura compris. Meilleur serviteur de lui-même, Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba – son nom pour l’état civil – a décidé de s’auto­célébrer. Sans s’embarrasser de fausse modestie, il explique : « Je suis le patriarche d’un clan. Tout un petit monde gravite autour de moi et se réclame de moi comme d’un père. C’est à ce père que je suis, un peu poule, qui protège ses enfants, que je rends hommage. » À la lignée « spirituelle » s’en ajoute une autre, biologique celle-ci : « J’ai beaucoup d’enfants, mais je ne peux pas dire le nombre, sinon, ça va faire scandale. »

Pas peu fier de lui-même, à 61 ans, Papa Wemba n’est pourtant plus le roi flamboyant de la sape et du village de Molokai, ce petit royaume improvisé dans la cour de sa maison de Matonge – quartier chaud de Kinshasa – à la fin des années 1970, où il avait imposé ses codes vestimentaires. De jeunes et nouvelles étoiles, celle du chanteur Fally Ipupa (32 ans) en tête, brillent à côté de la sienne. Trois mois et trois semaines de prison, en 2003, avant une condamnation pour avoir organisé une filière d’immigration clandestine entre la RD Congo et la France, où il réside depuis 1984, ont également désacralisé l’icône.

« Ce qui nourrit l’artiste »

Comme ses confrères, Papa Wemba doit se plier aux règles spéciales de la musique congolaise. Celle du libanga, la « pierre » en lingala, cette façon d’ânonner dans les chansons des dédicaces à de grands commerçants, à des hommes politiques, en contrepartie d’une reconnaissance qui peut être sonnante et trébuchante. « Oui, je pratique, je suis obligé quand je fais de la rumba, c’est ce qui nourrit l’artiste », dit-il.

Sur le terrain politique, il se contraint à la prudence. En 2001, il en appelait à l’union derrière Joseph Kabila, alors tout jeune chef de l’État. Près de dix ans plus tard, il remet cela : « Il incarne toujours l’espoir », dit-il. Et les chantiers qui n’avancent pas ? « C’est normal, il n’a pas de baguette magique. » Pour lui, la bienveillance n’est pas un choix : « La politique est à double tranchant. Au Congo, si vous n’êtes pas avec un homme politique, vous êtes contre. Alors je ne veux pas mélanger la chanson et la politique. » Après bientôt trente ans passés en France – ses enfants ont la nationalité française –, il n’exclut cependant pas de rentrer durablement à Kin­shasa, où il va souvent et prévoit de chanter « Notre père ». Papa Wemba se verrait bien occuper quelque poste à responsabilités dans la culture, pour faire émerger ces « talents inexploités dont regorge le pays ». Ministre ? Non, il insiste, il ne veut pas. Avant d’argumenter : « Vous avez vu comment je m’habille ? »

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