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Les patrons se suivent et ne se ressemblent pas

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Mis à jour le 29 juillet 2010 à 11:28

Avec le rachat des opérateurs africains par des multinationales, les pionniers ont laissé la place à des cadres expérimentés qui vont de poste en poste sur le continent.

L’histoire de la téléphonie mobile en Afrique pourrait s’écrire à travers les portraits des hommes à la tête du secteur. Un cercle très discret, certes, mais dont les lignes ne cessent de bouger au gré des opérations qui bouleversent le marché. Entrepreneurs, gestionnaires ou manageurs, self-made-men africains ou cadres étrangers : depuis une dizaine d’années, les profils ont bien changé. 

Années 1990 : héritiers contre self-made-men

Au commencement était la figure de l’entrepreneur passionné et audacieux. À ce titre, les profils de l’Égyptien Naguib Sawiris, fondateur d’Orascom Telecom, et du Sénégalais Yérim Sow, créateur de Loteny Telecom, se ressemblent. Des fils de famille qui brûlent de se faire un prénom, en plus du nom de leurs pères, Onsi Sawiris et Aliou Sow, qui ont réussi entre autres dans le secteur du bâtiment et des travaux publics.

Diplômé en génie mécanique du Swiss Federal Institute of Technology, Naguib Sawiris a rejoint le groupe familial avec la ferme intention de développer des activités dans les technologies de l’information. Il s’est d’abord « rodé » dans la représentation en Égypte d’un certain nombre de marques prestigieuses comme Microsoft, Hewlett-Packard et IBM. Il a ensuite pris des participations dans des entreprises spécialisées en fourniture d’accès internet et en technologies Vsat. Enfin, en 1998, l’entrepreneur a lancé Mobinil, un opérateur de téléphonie mobile qui ne tardera pas à s’imposer comme leader dans son pays.

Sorti de Polytechnique Montréal, Yérim Sow a quant à lui créé sa première société dans l’informatique, avant de se lancer dans la radiomessagerie au Sénégal avec sa société Access Telecom. Puis, en 1996, il fonde en Côte d’Ivoire Loteny Telecom, qui s’imposera dans le secteur de la téléphonie mobile sous la marque Telecel Côte d’Ivoire.

Le principal partenaire de Yérim Sow est alors Miko Rwayitare, fondateur de Kinshasa Telecel dès 1989. Ce Rwando-Congolais (décédé en 2007) a commencé sa carrière au service informatique de la présidence de la République du Zaïre puis a tissé sa toile dans de nombreux pays africains à partir de la RD Congo. C’était un self-made-man, un ingénieur pur sucre qui a su anticiper le succès du téléphone mobile. Tout comme le Soudanais Mohamed Ibrahim, surnommé « Dr Mo », fondateur de Celtel en 1998 et ancien directeur technique de Cellnet, une filiale de British Telecom.

Années 2000 : le temps des cadres internationaux

Peu à peu, beaucoup de pionniers se sont retirés et ont vendu une bonne partie de leurs participations à des multinationales. En 2001, Miko Rwayitare a cédé Telecel à Orascom qui, par la suite, abandonnera ses opérations en Afrique subsaharienne pour financer son développement à l’international. Yérim Sow, pour sa part, a vendu la majorité de Telecel Côte d’Ivoire au sud-africain MTN en 2005. La même année, le groupe koweïtien Zain a pris le contrôle de Celtel, avant de tomber dans le giron de l’indien Bharti Airtel.

Voici venu le temps des manageurs « à fort potentiel », souvent repérés par des chasseurs de tête. Ils sont cooptés par les conseils d’administration des multinationales qui règnent sur le secteur, placés à la tête de leurs opérations dans les pays où elles sont installées. « Ils doivent absolument avoir un leadership très fort, pour gérer des équipes souvent assez jeunes, mais aussi pour être très compétitifs, dans des environnements extrêmement rapides où un petit produit suffit à renverser complètement l’ordre concurrentiel », explique ainsi Baader Yeboua, spécialiste des ressources humaines à Abidjan, longtemps en cabinet de recrutement, aujourd’hui en poste chez un opérateur.

La mobilité est la règle. Les compagnies font très souvent « tourner » leurs cadres dirigeants, lesquels profitent de ces mouvements pour obtenir des promotions. Ainsi Frans Joubert, directeur général de MTN Liberia, est d’abord passé par la Guinée-Bissau. Le patron d’Orange Cameroun, Jean-Michel Latute, dirigeait précédemment une filiale de Yemen Telecom, dont le groupe France Télécom – au sein duquel il exerce depuis 1988 – est partenaire.

Les débauchages sont également légion, dans un contexte où les majors agrandissent leur réseau à un rythme effréné. Le Français Philippe Vandebrouck est ainsi passé en moins de dix ans par Vivendi Telecom International – qui avait obtenu une licence au Kenya –, Moov Gabon et MTN Cameroun. Du point de vue salarial, les employeurs savent se montrer généreux. En Afrique subsaharienne francophone, un dirigeant d’opération gagne entre 10 000 et 15 000 euros par mois et bénéficie de confortables stock-options. 

Aujourd’hui : l’émergence de manageurs africains

Directeur général de MTN Ouganda, Themba Khumalo a lui aussi pas mal bourlingué. Avant d’arriver à Kampala, il a occupé les mêmes fonctions au Rwanda et au Swaziland. Mais comment expliquer la faible représentation des cadres originaires d’Afrique francophone dans le cercle très fermé des patrons de la téléphonie mobile ? « À certains niveaux, les propriétaires positionnent des personnes en qui ils ont une forte confiance. En général, ce sont des cadres originaires du pays où l’entreprise a ses racines ou qui ont progressé dans le groupe », affirme un professionnel ouest-africain, en présentant deux contre-exemples.

D’abord celui de l’Ivoirien Ahmed Cissé, directeur général de Moov Côte d’Ivoire et proche parmi les proches de Dossongui Koné, patron du groupe Banque Atlantique, actionnaire historique. Puis celui de son compatriote Mamadou Bamba, aujourd’hui directeur général de Côte d’Ivoire Télécom et patron par intérim d’Orange Côte d’Ivoire après avoir dirigé Orange Botswana. Quand au Camerounais Freddy Tchala, après avoir été à la tête du service marketing de MTN dans son pays, il dirige depuis 2008 l’opération du groupe sud-africain en Guinée.