Politique

Grandes manœuvres et petits calculs

Cellou Dalein Diallo ou Alpha Condé ? Entre les finalistes de l’élection présidentielle, le cœur des candidats éliminés au 1er tour balance. Celui de Sydia Touré, le troisième homme (13,06 % des voix le 27 juin), n’est pas le moins hésitant.

Mis à jour le 28 juillet 2010 à 16:01

Alpha Condé, le candidat du RPG et Cellou Dalein Diallo, celui de l’UFDG. © Reuters/Youri Lenquette pour J.A./montage J.A.

De nombreux Guinéens restent scotchés à leur poste de radio, ce 22 juillet. Il est vrai que l’événement est historique. Après le 1er tour de l’élection présidentielle, le 27 juin, ils assistent au premier débat contradictoire jamais organisé en Guinée – par une station privée en l’occurrence. Le face-à-face oppose Fodé Oussou Fofana à Makalé Traoré. Le premier dirige la campagne de Cellou Dalein Diallo, le candidat de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) arrivé en tête au premier tour avec 43,69 % des voix. La seconde celle d’Alpha Condé, du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) (18,25 %).

Pas de grandes révélations lors de cette joute radiophonique, mais quand même quelques indications intéressantes. « Avant le scrutin, nous avons conclu des accords avec vingt-deux partis, lance Makalé Traoré. À ce jour, quinze nous ont apporté leur soutien pour le second tour. » La représentante du RPG énumère alors une liste de gens connus : l’ancien ministre des Finances Ibrahima Kassory Fofana, le riche homme d’affaires Mamadou Sylla et même l’ancien Premier ministre François Lonsény Fall, tous candidats le 27 juin. Problème : aucun n’a obtenu plus de 1 % des voix. « La première alliance est celle avec le peuple, qui nous a accordé ses suffrages et nous a permis de l’emporter face à vingt-trois candidats », riposte Fofana. 

En quête de consensus

En réalité, plusieurs jours après la proclamation des résultats définitifs par la Cour suprême, le 20 juillet, aucun allié de poids ne s’était encore prononcé publiquement en faveur de l’un ou de l’autre des candidats. Interrogé par J.A., Sydia Touré, de l’Union des forces républicaines (UFR), arrivé en troisième position le 27 juin (13,06 %), élude : « Je consulte ma base. La position du parti sera annoncée lorsque nous aurons trouvé un consensus. » De toute façon, rien ne garantit que les éventuelles consignes de vote seront suivies par les électeurs.

Après un 1er tour où les appartenances ethniques ont joué un rôle important, il est bien difficile de prévoir le choix des Guinéens entre deux présidentiables appartenant à des groupes majoritaires : peul pour Diallo, malinké pour Condé. D’autant que le taux de participation reste incertain : 52 % selon la Cour suprême, 77 % selon la Commission électorale nationale indépendante.

Pour sa part, l’ancien Premier ministre Sidya Touré est membre d’une ethnie minoritaire, les Diakankés. Au 1er tour, il s’est présenté comme le candidat de tous les Guinéens, sans distinction communautaire. On comprend qu’il soit l’objet des sollicitations des finalistes. Sa base électorale se trouve en Basse-Guinée, majoritairement peuplée de Soussous, de Bagas et de Landoumas, et où se trouvent deux communes très importantes de Conakry (Matam et Matoto). Pour Diallo, qui a fait le plein des voix en Moyenne-Guinée, comme pour Condé, qui l’a emporté en Haute-Guinée, ces électeurs constituent une cible prioritaire.

Touré ne réclame aucun poste pour lui-même, mais négocie pied à pied pour son parti. Il veut la primature, ainsi que les ministères des Finances et de l’Agriculture. Entre autres. Sans doute ralliera-t-il le camp du plus offrant, mais il lui faut tenir compte des divisions de ses partisans. Certains parmi eux estiment qu’il doit soutenir Diallo, qui fut membre de ses gouvernements entre 1996 et 1999 et se trouve être un libéral, comme lui, alors que Condé est un socialiste sans aucune expérience de la gestion d’un État. D’autres jugent que les Peuls détiennent déjà le pouvoir économique et que cela suffit. Pour eux, Condé est le meilleur choix. Et puis, il y a les déçus, les inconsolables du 1er tour, qui rechignent aujourd’hui à soutenir l’un ou l’autre des finalistes.

Certitudes envolées

Dans un premier temps, les contacts entre les anciens Premiers ministres Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré, Lansana Kouyaté (7,04 %) et François Lonsény Fall (0,46 %) se sont multipliés. Ils laissaient augurer la formation d’une coalition favorable au candidat de l’UFDG. Et puis, les jours passant, les certitudes se sont envolées. Kouyaté et Fall (malinkés, comme Condé), ont longtemps juré qu’ils n’entreraient jamais dans une « logique ethnique ». Mais, soumis aux pressions de leur communauté, ils auraient fini par céder. Sans le soutien de la Haute-Guinée, ni l’un ni l’autre n’ont de chances de bien figurer lors des législatives, qui auront lieu dans un délai maximum de six mois. Bien sûr, un éventuel report des voix de Kouyaté serait très profitable à Condé, dont le score est très inférieur à celui de son adversaire…

Il y a aussi les jokers : Papa Koly Kourouma, du Rassemblement pour la défense de la République (5,75 % des voix), et Abé Sylla, de la Nouvelle génération pour la République (3,23 %). En échange de leur soutien, l’un et l’autre exigent une participation au futur gouvernement et la prise en compte de leurs programmes. Kourouma, un proche du capitaine Moussa Dadis Camara, a obtenu de bons scores dans la région forestière. Il exige, dit-on, des garanties quant au retour de Dadis et au sort qui lui sera réservé à l’avenir. Joint par J.A., il déclare être avant tout préoccupé par sa contribution future à la vie de la nation…

Diallo reste convaincu qu’il va récupérer la majeure partie de l’électorat de Touré. Alpha Condé également. Ce dernier, qui se présente comme le véritable homme du changement, critique sans relâche son rival, à qui il ne pardonne pas sa participation passée à la gestion du pays. Mais lui-même, rétorquent les partisans de Diallo, s’est entouré d’anciens collaborateurs et amis de Lansana Conté, considérés, à tort ou à raison, comme des artisans de la faillite du pays. Parmi ces derniers : Mamadou Sylla, Ibrahima Kassory Fofana, Kiridi Bangoura (un ancien ministre de l’Administration du territoire) et Fodé Bangoura, l’ancien secrétaire général à la présidence. Quand on aborde la dernière ligne droite, tous les arguments sont bons…