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Cet article est issu du dossier «Pourquoi l' Afrique grossit»

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Santé

Des miss pas minces

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Miss Awoulaba 2008, au Bénin.

Miss Awoulaba 2008, au Bénin. © Valentin Salako

Du Sénégal au Zimbabwe, des concours de beauté d’un nouveau genre se veulent les dépositaires des critères esthétiques africains : tout en rondeurs.  Une incitation à l’obésité ?

« Lorsque je me baladais dans la rue, j’entendais sans cesse des réflexions sur mon poids, se souvient Cathie Aline Boundil Bekena. Quand je montais à l’arrière d’un taxi où il y avait déjà deux personnes, on me lançait : “Vous nous mettez mal à l’aise !” ou “Il faut maigrir, vous allez nous étouffer !” Parfois, ça me faisait pleurer… » Ces larmes, c’est de l’histoire ancienne. Cette coiffeuse camerounaise de 27 ans a pris de l’assurance depuis qu’elle a été couronnée Miss Mama Kilo, le 29 novembre 2009, à Yaoundé. « Maintenant, je ne me laisse plus faire », affirme la Doualaise de 102 kg pour 1,70 m. Quand elle a initié le concours, en 2006, la plantureuse chanteuse Nadia Ewandé espérait justement « redonner confiance aux femmes fortes ». « Il faut qu’elles s’acceptent telles qu’elles sont, plaide également Joséphine Djiguemdé, présidente du comité d’organisation de Miss Poog-Beêdré (« forte corpulence », en mooré) au Burkina Faso. Parce qu’elles auront beau faire des régimes, elles reprendront toujours plus de poids. J’en ai fait l’expérience ! »

C’est l’animateur radio Pol Dokui, en Côte d’Ivoire, qui est à l’origine du premier concours du genre, en 1987 : Miss Awoulaba (« reine de la beauté », en akan). Depuis, il a fait des émules : Bénin, Cameroun, Burkina Faso, Togo (Miss Nana Benz), Sénégal (Miss Diongoma), Mali (Miss Yayoroba)… Au Zimbabwe, Lwazi Mbowa a organisé le premier Miss Biggy Matofotofo, en 2006, et compte bien s’attaquer à l’Afrique du Sud. Sans égaler les concours de Miss « classiques » en termes de popularité, de sponsoring et d’exposition médiatique, les compétitions opposant des candidates bien en chair gagnent en estime. Les autorités les soutiennent, et les chefs traditionnels ne sont pas en reste. Au Burkina Faso, le Moro Naba, l’empereur des Mossis, envoie des représentants siéger dans le jury de Miss Poog-Beêdré. Quant aux spectateurs, ils s’extasient lors du défilé devant les « tenues de vérité » qui, moulantes, se substituent aux maillots de bain.

Mais quels sont réellement les critères : être « la plus belle » ou « la plus lourde » ? Parfois, le public privilégie la balance au détriment du miroir. Pour preuve, la victoire polémique de la Camerounaise Cathie Aline Boundil Bekena. Les supporteurs des autres candidates ont protesté au motif que « ses concurrentes étaient bien plus grasses ». Pour les professionnels de la santé, ces concours promeuvent l’obésité. D’ailleurs, si un poids minimal est fixé, il n’y a souvent pas de plafond. « Tant que vous parvenez à monter sur le podium, vous êtes la bienvenue ! » indique, désinvolte, Daniel Mbowa, qui soutient son épouse dans l’organisation de Miss Biggy Matofotofo.

« C’est une incitation, car les femmes ne feront rien pour perdre du poids ! » s’insurge le nutritionniste burkinabè Léonce Zoungrana. Même indignation chez la féministe sénégalaise Oumy Cantome Sarr, qui craint en outre que plus de femmes prennent des « médicaments dangereux afin d’accentuer leurs formes ».

« L’obésité a toujours existé, rétorque Daniel Mbowa, ce n’est pas un concours qui va aggraver le problème ! » « Je dis aux filles de contrôler leur poids », se défend Joséphine Djiguemdé, précisant qu’aucune participante n’a excédé les 140 kg. À Yaoundé, Nadia Ewandé, en pleine préparation du premier Miss Mama Kilo Magazine, continue de son côté à organiser des séminaires consacrés à la nutrition et aux dangers de l’obésité – soutenus depuis l’an dernier par le ministère de la Santé. Une caution qui permet de voir grand. Des organisateurs travaillent à des concours sous-régionaux et se prennent à rêver qu’un jour les Africains éliront, dans un bel élan d’unité, la « plus belle grosse du continent ».

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