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La méthode Mohammed VI

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Société

Le jeu de la transparence

Mis à jour le 5 août 2010 à 10:47

Comment réformer le secteur de la santé publique quand la corruption hante les couloirs d’hôpitaux ? Comment offrir une meilleure justice aux citoyens quand les dessous-de-table sont monnaie courante ? Comment améliorer la gouvernance locale quand les finances des communes restent opaques ?

Véritable fléau, la corruption est un frein dans les rouages de toutes les grandes réformes entreprises par le Maroc. Pour les autorités, la moralisation de la vie publique et la lutte pour la transparence sont donc très logiquement devenues la priorité.

Mise en place de numéros bleus pour faciliter les dénonciations anonymes, obligation pour les policiers de porter un badge avec leur matricule, vaste campagne de sensibilisation, mise en place d’une instance contre la corruption dans les douanes : le nouveau plan du gouvernement fourmille de mesures novatrices. L’esprit de ce plan est simple : il s’agit de réduire au minimum le contact direct avec les fonctionnaires et de rendre les procédures administratives plus transparentes grâce au recours à internet.

Mesures anticorruption encore inefficaces

La mesure gouvernementale la plus importante est sans doute le décret 2/09/207 du 9 décembre 2009, publié début 2010 au Bulletin officiel. Il assujettit à la déclaration de patrimoine membres du gouvernement et de leurs cabinets, députés des deux Chambres, magistrats, membres du Conseil supérieur de la communication audiovisuelle, élus locaux, certains fonctionnaires et agents publics… Une mesure qui devrait permettre de lutter contre toutes les formes d’enrichissement personnel durant l’exercice d’une fonction publique. La nouvelle loi, jugée incomplète, est néanmoins l’objet de critiques. Comment peut-elle être totalement efficace quand le conjoint ou les enfants majeurs de la personne concernée ne sont pas eux-mêmes astreints à cette obligation ?

Si la volonté politique est bien là, les mesures anticorruption tardent à porter leurs fruits. Lors de la présentation du rapport annuel de l’Instance centrale de prévention de la corruption (ICPC), le 6 juillet, son président, Abdesselam Aboudrar, a mis en lumière les lacunes juridiques des politiques anticorruption. Il regrette notamment que la tentative d’acte de corruption ne soit pas considérée comme un crime, et que les témoins ne bénéficient pas aujourd’hui d’une protection juridique. Tous les acteurs le savent, la lutte contre la corruption est un travail à long terme, et la bataille ne pourra être gagnée sans un changement profond des mentalités.