Politique

ATT humilié

Le calme légendaire d’Amadou Toumani Touré (ATT) a été mis à rude épreuve. « Il est ulcéré », confie un proche. Pour le président malien, le raid franco-mauritanien du 22 juillet destiné à libérer l’otage français Michel Germaneau est une humiliation. Le commando est intervenu sur son territoire – dans l’Akla, dans la région de Tombouctou – sans qu’il en soit informé. Son armée n’a pas été sollicitée. Paris a préféré faire confiance aux troupes mauritaniennes.

À Nouakchott, on juge la stratégie malienne contre Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) trop tendre. L’anecdote est révélatrice : le 13 juillet, ATT et son homologue mauritanien, Mohamed Ould Abdelaziz, sont voisins de table à l’Élysée, où ils ont été invités avec dix autres chefs d’État pour célébrer le cinquantenaire des indépendances. La conversation tourne autour de la lutte contre Aqmi, Nicolas Sarkozy suggérant aux pays concernés de coopérer. « Aziz », lui, explique que l’éradication du terrorisme est d’abord une question de volonté, avant de tapoter l’épaule de son voisin en lui lançant : « N’est-ce pas, mon ami ? » Ambiance.

« Entre Aziz et ATT, ça n’a jamais vraiment collé », dit une source malienne. Leurs approches de la lutte antiterroriste divergent. Le premier donne la priorité au volet militaire. ATT, lui, préconise une stratégie globale. Son argument : les populations locales ayant de la sympathie pour les djihadistes en raison d’une aide financière et de liens familiaux – une épouse de l’Algérien Mokhtar Belmokhtar, l’un des émirs d’Aqmi, est originaire de Tombouctou –, une riposte exclusivement armée est contre-productive. Elle doit être aussi sociale.

Excuses mauritaniennes

Autre sujet de discorde : la négociation. La Mauritanie refuse par principe de céder aux demandes de mise en liberté de prisonniers salafistes. Le Mali est plus souple. En février dernier, il a élargi quatre détenus pour la libération du Français Pierre Camatte. Parmi eux, un Mauritanien. Irrité, Nouakchott a rappelé son ambassadeur à Bamako.

ATT se sent aujourd’hui trahi par la Mauritanie et la France, qui essaient tant bien que mal de recoller les morceaux. Le 23 juillet, lors d’une entrevue de trente minutes, le ministre mauritanien de la Défense et le directeur général de la sûreté nationale se sont excusés auprès d’ATT de ne pas l’avoir informé. En Mauritanie, puis au Mali, les 26 et 27 juillet, le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a, de son côté, invité les deux voisins à coopérer. 

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