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Cet article est issu du dossier «Mines : le sous-sol africain a la cote»

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Tete, future capitale du charbon

Le projet Benga, une des réserves à Tete de la compagnie australienne Riversdale. © Scott Douglas

Des millions de dollars affluent dans la ville, en passe de devenir l’un des plus gros producteurs mondiaux de houille. À condition d’investir dans de nouvelles infrastructures.

Depuis que les travailleurs du géant minier brésilien Vale affluent dans son bar, Mario Salimo a vu sa fortune augmenter de façon substantielle. Cet homme de 47 ans a construit des annexes, a investi dans un restaurant et une boîte de nuit. Le Mario’s Bar, tout proche du centre poussiéreux de Tete, est à l’image de cette ville du Mozambique, située à plus de 1 000 km au nord de la capitale, Maputo. Construit le long du fleuve Zambèze, Tete est assis sur les plus grosses réserves mondiales de charbon. Et le combustible a la cote : comme pour le pétrole nigérian, angolais et soudanais, la croissance de l’industrie chinoise et indienne a fait exploser la demande.

Autant d’acheteurs potentiels qui veulent à tout prix sécuriser leurs approvisionnements. Steve Mallyon, directeur général de la compagnie minière australienne Riversdale, dont les réserves à Tete s’élèvent à 13 milliards de tonnes, explique ainsi que huit centrales indiennes de production d’électricité et trois aciéries chinoises se bousculent pour lui acheter sa production. « Il y a un an, la Chine ne faisait même pas partie de notre horizon », ironise l’Australien.

Les investissements affluent, et les projets de plusieurs centaines de millions de dollars se multiplient. Ils sont portés par des entreprises brésiliennes, australiennes ou indiennes, comme ces deux importants charbonniers, Jindal et Coal India, qui ont déjà leurs concessions. Une start-up mozambicaine, Ncondezi, a même levé en juin plus de 40 millions d’euros sur le London Stock Exchange pour acquérir des terrains. Des milliards de tonnes, aussi bien de « charbon à vapeur » – utilisé dans les centrales thermiques pour produire de l’électricité – que de charbon coke  – une variété plus dure et plus chère, principalement utilisée dans les aciéries –, affleurent, à seulement 30 mètres de profondeur, avec la promesse de coûts d’extraction peu élevés.

 La question de l’acheminement

Cette course aux investissements rend néanmoins sceptiques les experts, car la plus grosse difficulté est de savoir comment évacuer la houille. « Je suis étonné de voir les entreprises investir des millions sans savoir comment elles vont l’acheminer », estime ainsi Felix Fisher, représentant du Fonds monétaire international (FMI) à Maputo. Ce à quoi Steve Mallyon rétorque : « Une fois que vous avez la ressource, les dépenses se justifient. » Et, à l’image du pont suspendu, fatigué, qui date des années 1950 et devant lequel s’allonge la queue des camions patientant pour traverser, Tete aura bien besoin de nouvelles infrastructures.

Déjà, un chemin de fer, qui part du port de Beira (centre) jusqu’à Moatize, à 30 km au nord de Tete, a été remis en service par une société indienne. Mais sa capacité – tout comme celle du port – est limitée. Vale et Rivers­dale s’intéressent donc de près au développement de nouvelles voies de transport, le premier par chemin de fer, le second par le fleuve Zambèze (voir encadré). Le géant minier brésilien projette en outre de construire un port à Nacala (côte nord), tandis que de nouvelles infrastructures sont prévues dans celui de Beira.

La compagnie aérienne nationale, Linhas Aéreas de Moçambique, a quant à elle mis en place un vol quotidien entre Tete et Maputo. De quoi alimenter encore un peu plus la ville qui, elle, sature sérieusement. La population a presque triplé en moins de dix ans, pour atteindre environ 300 000 habitants. Les prix de l’immobilier ont explosé, et les loyers ont plus que doublé depuis l’an dernier.

Une province démunie

Tout ce remue-ménage commence à en irriter plus d’un. C’est le cas des paysans, déplacés manu militari et sans plus de concertation dans des quartiers neufs, pour laisser la place aux engins d’extraction. Et ils ont de quoi être amers, car les perspectives d’emploi restent maigres. Le nombre d’offres de Vale et de Riversdale – un millier tout au plus – ne répond pour l’instant aucunement à la demande de cette province démunie.

Certains, comme Mario Salimo, voient les choses du bon côté : « Les gens peuvent imaginer un avenir, maintenant », estime le patron du Mario’s Bar. Selon le FMI, les perspectives d’exportation de charbon, dès cette année pour le brésilien Vale, et dès le milieu de l’année prochaine pour l’australien Riversdale, devraient renforcer une croissance économique déjà soutenue : les investissements dans le titane, l’aluminium ou le gaz ont déjà profondément transformé ce pays, qui regorge d’autres ressources, comme les diamants ou l’or. Sur les 17 dernières années, son taux de croissance a été comparable à celui des pays d’Asie de l’Est au début des années 1980.

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