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Cet article est issu du dossier «Congo, l'âge de raison»

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Immigration

Un bout de chemin en attendant le grand tournant

Denis et Antoinette Sassou Nguesso en campagne à Brazzaville, le 10 juillet 2009. © AFP

Un an après la réélection de Denis Sassou Nguesso, où en sont les projets de transformation du pays annoncés lors de la campagne présidentielle ? Si le grand tournant attendu n’est pas encore flagrant, sur le terrain, les choses bougent.

En débarquant à Brazzaville en cette saison sèche 2010, le visiteur constate que le chantier de l’aéroport de Maya-Maya attend fébrilement l’achèvement de la première tranche de ses travaux d’agrandissement. Et quand il s’enfonce dans la ville, englouti par le flot de la circulation où dominent les taxis verts, son regard est capté par une floraison de banderoles annonçant autant de manifestations que de chantiers.

L’une d’elles présente le lancement d’un projet immobilier à Kintélé, à 25 km au nord de Brazzaville, dans le Pool, où 1 000 logements, dont 70 % de logements sociaux, vont être construits. C’est là que se sont retrouvées, le 8 juillet, toutes les autorités du pays, avec à leur tête le président, Denis Sassou Nguesso, pour la pose de la première pierre. Le chantier, confié à l’entreprise israélienne AB Construction, pèse 50 milliards de F CFA (76,2 millions d’euros) et doit être achevé d’ici à quatre ans. Mais pour acquérir l’un de ces logements il faudra débourser au minimum 19 millions de F CFA, ce qui est hors de portée de la majorité des Congolais.

Deux jours plus tôt, c’était l’inauguration de l’hôpital de base de l’arrondissement de Bacongo, dans le sud de Brazzaville. Construit et équipé pour un coût de 3 milliards de F CFA, l’hôpital de Mpissa, troisième du genre dans la capitale, est doté d’une capacité de 100 lits et dispose d’un large spectre de services. De quoi réduire le flux des patients vers le Centre hospitalier universitaire, en cours de modernisation. 

Petites impatiences et grands projets

Comme tout gouvernement, celui de Brazzaville entoure de beaucoup de publicité la moindre réalisation. Mais aujourd’hui et ici plus qu’ailleurs, montrer à la population ce qui est réalisé est primordial. La première année du nouveau mandat de Denis Sassou Nguesso s’achève. Pendant la campagne électorale, le président avait proposé à ses compatriotes un nouveau « programme de société » baptisé « Chemin d’avenir » avec, pour ambition, la transformation du pays.

De l’avis des opposants, passer de la « Nouvelle Espérance » (slogan du précédent mandat) au Chemin d’avenir, c’est a priori du pareil au même. Pour Clément Mierassa, président du Parti social-démocrate congolais (PSDC) et chef du Front des partis de l’opposition congolaise (FPOC) depuis mars 2010, « des choses ont certes été réalisées par le pouvoir, mais elles ne sont pas à la hauteur des moyens dont il dispose ».

Propos que nuance Loamba Moké, de l’Association pour les droits de l’homme et l’univers carcéral (Adhuc), une ONG locale : « Ce projet est plein de bonnes intentions. Malheureusement, nous constatons qu’il n’y a pas de progrès significatifs sur le terrain. Nous attendons toujours l’électricité venant du barrage d’Imboulou, qui devait arriver en avril. » Pourtant, le chantier d’électrification avance, même s’il rencontre quelques difficultés pour l’approvisionnement de la capitale.

L’embellie

Au chapitre des bonnes nouvelles, le Congo a atteint en janvier dernier le point d’achèvement de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE), ce qui a entraîné une annulation importante de sa dette extérieure et devrait lui permettre de disposer de ressources suffisantes pour amorcer le grand tournant tant attendu.

Longtemps laissée à l’abandon, l’agriculture profite d’ores et déjà de cette embellie. Le gouvernement a alloué 4 milliards de F CFA au Fonds de soutien à l’agriculture, qui a commencé, dès l’an dernier, à financer des projets. Depuis octobre 2009, le concept de nouveaux villages agricoles est lancé, et le premier du genre a été créé à Nkouo. L’objectif est de réduire l’importation des produits alimentaires (qui coûte plus de 100 milliards de F CFA par an) et d’atteindre l’étape de l’industrialisation, l’un des principaux volets du Chemin d’avenir. Enfin, dans le cadre du cinquantenaire de l’indépendance, l’État a lancé des travaux d’assainissement d’urgence pour un montant de 17 milliards de F CFA.

Une action engagée en avril dernier concerne un autre genre d’assainissement, celui des finances publiques. Objectif de l’État : réduire sa masse salariale, qui s’élève actuellement à 130 milliards de F CFA par an, en démasquant les fonctionnaires fantômes. Beaucoup d’agents fictifs ont été débusqués, à tous les niveaux, dont certains continuaient à toucher leur salaire sans jamais aller travailler. Si cette opération est bien perçue par la population, elle n’a pas en revanche atteint tous ses objectifs, car « les gros bonnets » qui couvrent les fraudeurs ne sont pas encore inquiétés.

Le Chemin d’avenir est encore bien long et c’est toute la crédibilité du gouvernement congolais qui est engagée. Il doit prouver que la volonté de changement maintes fois annoncée n’est pas de la poudre aux yeux.

Pour le moment, avec une confortable majorité dans les deux Chambres du Parlement, Denis Sassou Nguesso a les coudées franches pour mener la politique qu’il souhaite. 

Échéances législatives en 2012

Depuis sa victoire au premier tour de la présidentielle du 12 juillet 2009, contestée par l’opposition radicale, les tensions se sont apaisées. Tout le monde avait craint le pire à l’issue de la proclamation des résultats, suivie de l’interpellation de quelques opposants soupçonnés de vouloir provoquer des troubles à l’ordre public. Après une période d’interdiction de quitter le territoire, officiellement pour les besoins de l’enquête, les adversaires du pouvoir ont fini par retrouver leur liberté de mouvement. Toutefois, selon Clément Mierassa, Mathias Dzon, le président de l’Alliance pour la république et la démocratie (ARD) et ex-candidat à la présidentielle, serait toujours poursuivi pour complicité de détention d’armes de guerre.

La prochaine échéance électorale, ce sont les législatives de 2012. C’est à ce moment-là, comme à son habitude, que l’opposition recommencera à donner de la voix. Parviendra-t-elle à s’unir pour espérer remporter ce scrutin, elle qui est toujours divisée entre radicaux et modérés ? Rien ne l’indique pour l’instant.

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