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Cet article est issu du dossier «Congo, l'âge de raison»

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Vivre au rythme des délestages

Derniers travaux à la nouvelle centrale d'Imboulou, en janvier 2010.

Derniers travaux à la nouvelle centrale d'Imboulou, en janvier 2010. © GUY-GERVAIS KITINA/AFP

Centrales hydroélectrique ou à gaz : de grands chantiers s’achèvent. S’ils règlent en partie le problème du déficit de production d’électricité, il reste à en assurer le transport et la distribution.

« Le courant est-il revenu ? ». Telle est la question obsédante que se posent quotidiennement les Brazzavillois et les Ponténégrins, qui, au mieux, bénéficient d’électricité un jour sur deux. Sans compter les pannes de transformateurs, dont la réparation peut prendre un mois. Voire plus.

Pour ceux qui n’ont pas de groupe électrogène – les plus nombreux –, la vie quotidienne est un vrai calvaire. L’approvisionnement en électricité provient principalement de la centrale hydro­électrique de Moukoukoulou (60 MW sur une capacité de 74 MW), dans la Bouenza, de la petite centrale thermique (moins de 10 MW) et de la centrale à gaz (50 MW) de Djéno, à Pointe-Noire,­ ainsi que de groupes électrogènes et de quelque 60 MWh importés d’Inga (en RD Congo). Ce qui est loin de satisfaire une demande estimée à 1 000 MWh, dont quelque 600 MWh pour le besoin des ménages. Autant dire que, outre les conditions de vie difficiles qu’il impose aux populations, le manque d’électricité contribue à alourdir les coûts de production, et les délestages empêchent bien des petites entreprises de fonctionner.

Pour pallier l’énorme déficit, le gouvernement a lancé la construction de centrales dont les travaux sont déjà bien avancés. Ainsi une centrale hydroélectrique, d’une capacité de 120 MW, destinée à alimenter Brazzaville et une partie du nord du Congo, est en voie d’achèvement à Imboulou, sur la rivière Léfini, à 215 km au nord de la capitale. D’un coût de plus de 145 milliards de F CFA (plus de 221 millions d’euros), elle est financée par la Chine et réalisée par la China National Machinery and Equipment. Deux turbines, sur les quatre prévues, sont déjà fonctionnelles. De même, les réseaux de transport d’électricité à très haute tension depuis Imboulou jusqu’à Djiri, le poste de transformation et de dispatching situé à une vingtaine de kilomètres de Brazzaville, sont achevés.

Boulevard énergétique

Il reste à réhabiliter et à étendre le réseau de distribution de la capitale et à augmenter la capacité de transit et de distribution du poste de Tsiélampo, logé à Moukondo (Brazzaville). Engagé avec beaucoup de retard, puisque les sociétés chargées de ce réseau viennent tout juste d’être choisies, ce chantier ne sera achevé que dans deux à trois ans. Toutefois, un programme d’urgence d’un montant de 12 milliards de F CFA, dégagés sur fonds alloués aux pays pauvres très endettés (fonds PPTE) devrait apporter assez vite un petit mieux.

En attendant, les Brazzavillois continueront de vivre au rythme des délestages. Pourront-ils compter sur la centrale thermique de Brazzaville, inaugurée en 2007 ? Pour l’heure, cette dernière, gérée par la Société congolaise de production d’électricité (SCPE), une entreprise parapublique également chargée des centrales de Djéno et de celle d’Oyo, est à l’arrêt, « faute de pouvoir acheter le carburant nécessaire à son fonctionnement, la Société nationale d’électricité – à laquelle la SCPE vend de l’électricité – n’ayant pas honoré ses factures », indique-t-on au ministère de l’Énergie et de l’Hydraulique.

Les Ponténégrins seront plus chanceux. En effet, à Pointe-Noire, la réhabilitation des réseaux de distribution, financée par la compagnie pétrolière ENI-Congo, est beaucoup plus avancée. La Centrale électrique du Congo (300 MW), en cours de réalisation à Côte-Matève et dont deux turbines sont déjà fonctionnelles, doit être achevée dès 2011 et permettre d’augmenter la fourniture d’électricité aux entreprises locales et aux habitants de la ville portuaire. La construction de cette centrale, qui sera alimentée par du gaz provenant de champs pétroliers off­shore, fait suite à une convention signée entre ENI-Congo et l’État le 17 mai 2006. Lancés en mai 2008, les travaux ont été estimés à environ 462 millions de dollars.

ENI-Congo assure en outre le financement et la maîtrise du projet de réhabilitation des infrastructures du réseau de transport à très haute tension entre Brazzaville et Pointe-Noire. Ce projet, d’un coût global de 212,4 millions de dollars, comprend la réhabilitation, l’extension et la modernisation des postes de transformation à très haute tension, ainsi que les lignes électriques entre les deux villes.

Dans les tuyaux

Si la réalisation de ces ouvrages et la réhabilitation des réseaux de distribution devraient améliorer l’offre des deux grandes villes du pays, cela reste insuffisant. D’autant que les besoins ont tendance à croître. D’autres projets sont donc envisagés. La rénovation et la modernisation de la centrale hydroélectrique du Djoué, située au sud de Brazzaville, actuellement à l’arrêt, fait l’objet d’une étude réalisée par un ingénieur de la Compagnie nationale du Rhône.

Reste à trouver le financement, qui pourrait venir de la Banque africaine de développement. L’objectif serait de faire passer la capacité de production de la centrale de 15 MW à 30 MW. Parmi les grands projets à venir figure la construction des centrales hydro­électriques de Chollet (600 MW) et de Liouesso (13 à 24 MW), dans le département de la Sangha, ainsi que celle de Sounda (1 200 MW), dans le Kouilou, un projet lancé dès le début des années 1960 par l’abbé Fulbert Youlou, le premier président du Congo indépendant.

Le plus avancé de ces chantiers est celui de Chollet, près de la frontière camerounaise, dont la production en électricité alimentera le nord du pays. Un prêt de 700 millions de dollars (environ 520 millions d’euros) octroyé par la Chine, dont l’accord a été signé en avril 2010, en financera en partie la réalisation. Son coût total n’a pas été confirmé. Les travaux, qui seront réalisés par la société chinoise Sinohydro, pourraient démarrer en juin 2011.

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