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Cet article est issu du dossier «Congo, l'âge de raison»

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Un flot majestueux

Depuis des décennies, le Congo se distingue par la qualité et le nombre de ses écrivains. Poètes, dramaturges, romanciers, nouvellistes, ils continuent de passionner les lecteurs et la critique. Par-delà les frontières.

Petit par sa superficie, le Congo est grand par sa production littéraire. Une production littéraire puissante et diversifiée, qui a donné quelques-uns des écrivains africains d’expression française majeurs de la période postcoloniale. Ils s’appellent Sony Labou Tansi, Tchicaya U Tam’si, Henri Lopes, Jean-Baptiste Tati Loutard, Emmanuel Dongala, Alain Maban­ckou, pour ne citer que les plus connus.

Ils sont les arbres qui cachent la forêt, car, avec seulement 4 millions d’habitants, le Congo compte par mètre carré plus de poètes et de romanciers, dont la qualité des œuvres est manifeste, que n’importe quel autre pays du continent. Comme en atteste le critique congolais Boniface Mongo-Mboussa : « Il y a un je-ne-sais-quoi dans l’air de mon pays qui est propice à la musique et à la création littéraire. »

Nouvelle anthologie de la littérature congolaise, de Jean-Baptiste Tati Loutard, Hatier, coll. Monde Noir, 320 pages, 14 euros.

De la « congolie » à l’universalité

La littérature congolaise de langue française, qui débute pendant la colonisation et prend son envol après les indépendances en 1960, traduit, notamment à travers le roman et le théâtre, les turbulences politiques et sociales que le pays a traversées au cours de son histoire. Le théâtre congolais connaît ses plus beaux jours avec la troupe du Rocado Zulu Théâtre, que dirige Sony Labou Tansi, qui met en scène des textes militants dénonçant la barbarie, l’esprit de violence, le tribalisme.

La poésie, qui fut le genre prédominant dans les années 1960-1970, est davantage axée sur les angoisses individuelles et tente de définir, en marge de la négritude, une universalité à la congolaise avec Tchicaya U Tam’si, le poète le plus connu du Congo, mais aussi Tati Loutard, Maxime N’Debeka, Théophile Obenga.

C’est sans doute cette cohérence thématique des œuvres, à la fois tournées vers ce que l’on a appelé la « congolie » et ouvertes sur le monde, qui a fait dire à Alain Rouch et Gérard Clavreuil que « la littérature congolaise compte actuellement parmi les meilleures, les plus prolifiques et les plus homogènes d’Afrique noire » (dans Littératures nationales d’écriture française, Bordas, Paris, 1986).

Le conteur Jean Malonga ouvre le chemin du roman congolais au début des années 1950, avec ses chroniques intitulées Cœur d’Aryenne (1953) et La Légende de M’Pfoumou ma Mazono (1954). Ce sont des chroniques puisées dans les légendes de sa tribu, mais que Malonga a su mettre au goût du jour. Son héros ne rêve-t-il pas de « fonder une cité nouvelle où l’esclave serait l’égal du maître, retrouverait son titre d’homme, où seule l’intelligence devrait décerner la suprématie sociale » ?

L’âme de la nation

Au cours des deux décennies suivantes, on assiste à une inflation de titres romanesques, avec l’affirmation de ce que l’on a appelé le « réalisme critique », dont les principaux épigones s’appellent Guy Menga, Sylvain Bemba, Tati Loutard.

Le prestige de la fiction est tel que de nombreux écrivains abandonnent le genre dans lequel ils avaient commencé pour s’essayer aux romans. C’est ce qu’ont fait Henri Lopes et Sony Labou Tansi, entrés en littérature l’un par la poésie et l’autre par le théâtre. L’un et l’autre vont révolutionner et faire décoller la fiction congolaise avec deux romans qui bousculent la narration classique et la langue académique des romanciers congolais.

La Vie et demie (1979), de Sony Labou Tansi, et Le Pleurer-Rire (1982), de Lopes, sont des variations sur le thème de la dictature, que les deux romanciers travaillent au corps, à coups de pastiches, de parodies et de réalisme magique. Truculentes et délicieusement subversives, leurs œuvres respectives, chacune riche d’une dizaine d’ouvrages, constituent des sommets rarement dépassés dans l’histoire des lettres africaines.

Aujourd’hui, le roman congolais continue son chemin avec Henri Lopes et une nouvelle génération d’auteurs, tels Wilfried N’Sondé, Emmanuel Dongala ou Henri Djombo, porté, aussi, par les écrivains de la diaspora, dont Alain Mabanckou et Daniel Biyaoula.

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