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Cet article est issu du dossier «Santé : l'Afrique au banc d'essai»

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Santé

Les pathologies de la richesse

| Par Jeune Afrique

Le changement des modes de vie a pour conséquence un coût sanitaire non négligeable. Il suffit pourtant de peu pour prévenir diabète, obésité ou hypertension artérielle.

Urbanisation, mondialisation, hausse du niveau de vie… Des changements radicaux interviennent dans les habitudes de vie des pays du Sud. En Afrique, la population urbaine a doublé, voire triplé, en moins de trente ans : de moins de 5 % en 1960, les villes africaines concentrent aujourd’hui 40 % des populations, soit 400 millions de personnes.

La transition épidémiologique ne les a pas épargnées et elles doivent faire face à l’émergence de maladies dites non transmissibles, qui, jusque-là, étaient considérées comme des maux purement occidentaux : diabète, obésité, hypertension artérielle ou maladies cardiovasculaires.

Dans son rapport « Prévenir les maladies chroniques : un investissement vital », l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime à 53 millions le nombre de morts causées par les maladies non transmissibles en 2005, dont 80 % dans les pays pauvres. La faiblesse des systèmes de santé (manque d’hôpitaux, de personnels soignants ou de prise en charge financière) et la pauvreté sont catastrophiques pour ces populations.

En Côte d’Ivoire, un diabétique peut dépenser 35 000 F CFA (53 euros) par mois pour son traitement et son suivi médical, alors que le « salaire minimum garanti » est de 36 000 F CFA par mois. Le Programme national de prévention des maladies non transmissibles, aux moyens très limités, ne peut qu’entreprendre des actions de sensibilisation très ponctuelles. Sans compter la crise politique, qui a considérablement limité les budgets de santé.

Campagnes de sensibilisation

Du côté du Mali, en revanche, le ministère de la Santé, en partenariat avec des ONG, a mis en place une politique ambitieuse pour toucher toutes les couches de la population. « Nous organisons des campagnes médias, des séances de dépistage, mais aussi des formations pour les médecins de districts », explique Stéphane Besançon, nutritionniste et directeur de l’association Santé Diabète Mali.

Les jeunes Africains, très touchés eux aussi, font parti de la chaîne de sensibilisation. « Nous allons dans les écoles pour faire de l’éducation thérapeutique, par des ateliers peinture », poursuit le nutritionniste. Les médicaments ne sont pas encore gratuits, mais les prix ont considérablement baissé. « L’ampoule d’insuline ne coûte désormais que 5 euros, contre 10 auparavant, et un antidiabétique générique coûte 1 euro par mois », précise-t-il.

« La santé de la reproduction, le sida et le paludisme occupent toute la place dans les politiques de santé publique », explique le docteur Allel Louazani, chargé des maladies non transmissibles au bureau régional de l’OMS, lesquelles ne font pas partie des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD).

« Le pire, c’est que ce sont des maladies que l’on peut circonscrire sans grands moyens, se désole le docteur Dele Abegunde, du département des maladies chroniques de l’OMS. Une activité physique régulière et une alimentation équilibrée suffisent à réduire considérablement les risques d’obésité et de tension artérielle. »

Pour Stéphane Besançon, il faut aussi attirer l’attention des dirigeants sur les conséquences économiques des maladies non transmissibles : « Tous les programmes de développement sont vains si l’on ne considère pas le coût de ces nouvelles maladies : moins de main-d’œuvre, plus de dépenses de santé publique. »

Certains pays ont déjà fait le calcul : en 2005, le manque à gagner du revenu national chinois s’élevait à 18 milliards de dollars (environ 15,2 milliards d’euros à l’époque), à 9 milliards en Inde et à 3 milliards au Brésil.

Retrouver notre dossier « Les riches » dans le n° 2590 de jeune Afrique, en kiosques du 29 août au 4 septembre.

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