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Cet article est issu du dossier «Santé : l'Afrique au banc d'essai»

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Santé

Médicaments : parfois sur un plateau, souvent sous le manteau

En Afrique, les dépenses pharmaceutiques sont de 4 euros par personne et par an. © AFP

Alors que grossistes et hôpitaux sont pourvus par des distributeurs fiables, les trafiquants ciblent tous azimuts, du pharmacien jusqu’au vendeur ambulant.

La distribution des médicaments en Afrique est un secteur très convoité. Aux côtés des leaders privés et des centrales d’achats publiques se sont développées des filières parallèles dont les acteurs, alléchés par un marché juteux, brouillent les cartes. État des lieux.

Géants français : les poids lourds du continent

Eurapharma, leader avec 40 % de part de marché, présent dans 20 pays, a vu son chiffre d’affaires progresser de 6,5 % en 2009, à 375 millions d’euros. Après avoir investi 6,1 millions d’euros l’an passé, il compte renforcer ses positions en terre anglophone et en Algérie, où son volume d’affaires a crû de 45 %.

La filiale du groupe CFAO peut être optimiste : en Afrique, les dépenses pharmaceutiques sont de 4 euros par personne et par an, contre 196 en Europe. Si le réservoir de croissance est énorme, le français doit compter avec la présence d’un compatriote, Ubipharm International, numéro deux du secteur, implanté dans 19 pays du continent. Le ravitaillement des grossistes (qui, eux, dotent surtout les officines de pharmacie) demeure le cœur de l’activité des deux géants, via leurs centrales d’achats respectives, Continental Pharmaceutique et Planetpharma.

Centrales d’achat publiques : cap sur les génériques

Les hôpitaux et autres centres de santé sont quant à eux approvisionnés par les centrales d’achats publiques, qui lancent un appel d’offres auprès des laboratoires. « Elles privilégient les génériques, essentiellement produits en Inde et dix fois moins chers que les marques », confie Lazare Bansse, secrétaire permanent de l’Association africaine des centrales d’achats de médicaments essentiels (Acame), basée au Burkina Faso.

Mais alors que la distribution semble plutôt bien huilée, certains problèmes persistent, comme les pénuries qui surviennent parfois dans les hôpitaux faute de paiement, ou des lots de dons qui périment dans les ports quand les centrales n’ont pas été informées de leur arrivée ou qu’elles manquent de fonds pour les gérer.

Marché illicite : attention aux contrefaçons

À côté des acteurs légaux, les filières parallèles prospèrent, surtout depuis la dévaluation du franc CFA, en 1994. « Avant, dans les officines de pharmacie, il y avait surtout des marques de grands laboratoires, et leur prix a doublé, commente Serge Barbereau, vice-président du Réseau médicaments et développement (Remed). Cela a favorisé l’arrivée des génériques, mais aussi les marchés illicites. »

Centrales d’achats et grossistes illégaux, nationaux ou étrangers, pullulent sur le continent. Ces structures, qui deviennent de vraies concurrentes des filières légales, alimentent des pharmaciens, des fonctionnaires, des agents de santé et des vendeurs ambulants. Ainsi, des produits périmés ou de qualité inférieure et des contrefaçons potentiellement mortelles, fabriquées au Nigeria, en Chine et en Asie du Sud-Est côtoient des médicaments bons sous tous rapports. De quoi abuser le consommateur.

Le business des médicaments importés frauduleusement ou détournés des circuits légaux est devenu si inquiétant (dans les pays en voie de développement, un médicament sur quatre serait contrefait) qu’il a contraint l’Organisation mondiale de la santé à adopter, en 2006, un programme mondial de lutte. Le trafic international atteindrait cette année près de 60 milliards d’euros.

La réponse à ce fléau ne saurait provenir que des bailleurs internationaux. Le docteur Parfait Kouassi, président de l’Ordre des pharmaciens de Côte d’Ivoire, estime qu’« il est temps que les bailleurs de fonds conditionnent leur aide sanitaire à un engagement des gouvernements à éradiquer les médicaments de rue ». Seul moyen de couper l’herbe sous le pied des trafiquants. 

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