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Cet article est issu du dossier «Bienvenue chez les riches !»

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Société

À la plage sans la plèbe…

| Par Jeune Afrique
Des yachts amarrés à la baie de Sidi Fredj.

Des yachts amarrés à la baie de Sidi Fredj. © D.R.

Depuis quelques années, le développement économique et la disparition du terrorisme islamiste aidant, on voit une émerger une coterie de gens aisés qui n’éprouvent aucune gêne à afficher leur richesse.

Après trois décennies de « socialisme scientifique » au cours desquelles la notion de propriété privée était hautement suspecte, et une décennie noire marquée par un ajustement structurel et une violence islamiste meurtrière et destructrice, l’Algérie a vécu ces dix dernières années un développement économique sans précédent : 300 milliards de dollars investis (environ 235 milliards d’euros).

L’explosion des importations (près de 40 milliards de dollars par an), couplée à la levée du monopole d’État sur le commerce extérieur, a eu pour conséquence l’apparition d’une nouvelle caste de riches. Si les capitaines d’industrie ne se comptent que sur les doigts d’une main, le nombre de barons de « l’import-import » est évalué à plusieurs centaines.

Être riche en Algérie signifie que l’on est millionnaire en euros. Comment vivent-ils ? « Très bien, merci, plaisante Issam, 23 ans, fils d’un gros importateur de pneumatiques. Mais nous vivons dans un pays qui n’est pas doté d’infrastructures pour cette catégorie de population. » Son père est un passionné de traversées maritimes. Sa surface financière lui a permis d’acquérir le yacht de ses rêves (2 millions d’euros), mais le seul port de plaisance que compte le pays est déjà saturé. Il a fini par le « domicilier » dans un port de la Côte d’Azur, en France.

« Quand il a quelques jours de repos, il loue un jet, se rend à Nice et sort en mer », raconte Issam. Si ce dernier a lui aussi le pied marin, il se contente de passer ses jours dédiés à la Grande Bleue au Sheraton Club des Pins, à l’ouest d’Alger : c’est-à-dire sur « la plage à côté » de la résidence d’État éponyme où habitent ministres et hauts fonctionnaires. Car celle-ci est passée de mode pour les riches Algériens, qui préfèrent ne pas se frotter à la nomenklatura.

Mais pas question de côtoyer pour autant la plèbe qui prend d’assaut les sites balnéaires de l’Algérois. La démocratisation du tourisme a rendu accessible aux cadres moyens les grands complexes du littoral, l’État-employeur subventionnant en partie les prix de location des bungalows. L’avantage du Sheraton est qu’il y a une sélection par les prix : une journée de farniente dans ce palace coûte quelque 200 euros par personne avec buffet à volonté, piscine et jeux aquatiques, et bien sûr le sable fin et blond de sa plage. Le prix que paie un couple avec un enfant pour une journée au Sheraton équivaut à près d’une année de salaire d’un smicard. « Le Sheraton est devenu le seul endroit où l’on est sûr de rester entre riches », affirme Issam en bombant son torse bronzé.

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