Culture

Nessma TV voit rouge

Mis à jour le 3 septembre 2010 à 18:48

Coup de sang des dirigeants de la chaîne privée tunisienne, qui récusent les mesures d’audience communiquées par Sigma Conseil et Média Scan.

Pendant le ramadan, dès la rupture du jeûne, les téléspectateurs tunisiens ont droit chaque soir à une déferlante de spots publicitaires. Rien que sur la première semaine du mois sacré, la publicité télévisée a généré pas moins de 12 millions de dinars (5,8 millions d’euros) de recettes. Les enjeux financiers sont tels que les mesures d’audience, qui déterminent les parts de marché des supports audiovisuels, sont scrutées attentivement par les différentes chaînes. Le 18 août, Tarak Ben ­Ammar, actionnaire de Nessma TV, et Nabil Karoui, PDG de la chaîne, ont ainsi récusé les chiffres de l’audimat communiqués par Sigma Conseil et Média Scan, qui attribuent à Nessma TV un taux d’audience de 34 %. Jugeant ces résultats au-dessous de la réalité, Ben Ammar a vu rouge. « Ces agences banalisent nos efforts et mettent en péril nos activités en concoctant ces statistiques dépourvues de toute logique, a-t-il protesté. Qui sont ces agences qui s’érigent en véritables juges de l’économie nationale ? » Ben Ammar recommande que le service public, dont l’audience est de 48 %, soit, comme en Europe, interdit de publicité. Et a même plaidé la cause de Nessma auprès du président de la République en personne.

« La situation est pourtant claire, affirme Khaled Aouij, directeur général du site Prosdelacom. Les annonceurs sont satisfaits de ces études, seules les chaînes privées les contestent. » Pour Hassen Zargouni, patron de Sigma Conseil, « tout cela est un débat d’experts qui fait appel aussi bien à des données techniques que sociologiques, et a peu d’intérêt pour le grand public. Nous en sommes aux balbutiements de l’ouverture de l’audiovisuel, et les méthodes de médiamétrie sont en constante évolution ».

Le grand public, qui n’est pas dupe, se demande ce que cherche Nessma. « C’est une nouvelle chaîne avec une cible urbaine, elle veut attirer l’attention, mais la Tunisie profonde regarde toujours TV7 », estime Fayçal, un téléspectateur. Qui ajoute, espiègle : « Nous sommes un peu moins de 11 millions de Tunisiens, si les annonceurs avaient distribué les sommes destinées au passage télé directement aux téléspectateurs, ils se seraient vraiment fait de la pub ! »