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Louis-Paul Motazé : « La pension doit participer à l’amélioration des conditions de vie des rétraités »

Ministre camerounais de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, Louis-Paul Motazé a publié en 2008* un essai intitulé « L’Afrique et le Défi de l’extension de la sécurité sociale, l’exemple du Cameroun ».

Mis à jour le 7 septembre 2010 à 18:07

Jeune Afrique : Quels sont les systèmes de retraite en place sur le continent ?

Louis-Paul Motazé : Il y a deux écoles. Les fonds de pension, dans les pays anglophones, basés sur la capitalisation, et le système classique des pays francophones, qui repose sur un régime de répartition. Ce dernier épouse mieux la psychologie, l’environnement et le contexte des populations africaines, en mettant en exergue le concept de solidarité entre les générations. La garantie qu’apporte l’État aux régimes de répartition en fait le système idéal de retraite de base. C’est à travers des régimes complémentaires que la capitalisation peut être développée efficacement en Afrique.

Quels sont les principaux enjeux ?

La pension de retraite doit participer à l’amélioration des conditions de vie des retraités et de leurs ayants droit. Cela est fondamental. Les retraités peuvent même devenir des acteurs économiques non négligeables susceptibles de créer des richesses et des emplois à travers la promotion des petites unités de production (fermes, élevage, etc.). C’est l’un des volets essentiels du Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (DSCE), que vient d’élaborer le gouvernement camerounais.

L’Afrique peut-elle financer les retraites ?

La possibilité existe de fédérer les intérêts autour d’un projet de financement pérenne et solide. Tout le monde y gagne : l’État, les partenaires sociaux et les populations. À côté du financement, il faut résoudre l’équation de la « prise en charge du risque santé », qui grève le budget des ménages, donc des retraités. Cela pose le problème d’une « solvabilisation » accrue des populations, qui devront participer au financement des retraites. Le gouvernement camerounais explore les pistes dans ce sens.

Comment couvrir davantage de monde ?

Au Cameroun, comme dans la plupart des pays de la sous-région, une faible partie de la population (les fonctionnaires de l’État et les salariés des entreprises privées) est affiliée à un système de sécurité sociale. La première action est de s’assurer qu’ils sont tous couverts. Il appartient aux employeurs de déclarer leurs salariés. Les gouvernements peuvent faciliter la collecte des données en croisant divers fichiers (impôts, compagnies d’électricité, de téléphonie, cadastres, services postaux…).

Mais le gros du travail consiste à intégrer les travailleurs indépendants et de l’informel, soit 80 % des actifs au Cameroun. Pour les premiers, il faut définir leur profil (propriétaires de bar, de taxi, artisans, avocats, notaires, pharmaciens…) et instaurer un régime obligatoire attractif. Intégrer les seconds (vendeurs à la sauvette…) est l’un des défis majeurs des États.

L’assurance privée est-elle une solution ?

Il n’y a aucune incompatibilité. Un système de sécurité sociale obligatoire fort peut s’accommoder d’un système privé d’assurance où l’adhésion constitue la règle. Les besoins de couverture des populations pour leur survie étant énormes et diversifiés, il suffit de bien définir les domaines d’intervention des uns et des autres.

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* Louis-Paul Motazé a publié en 2008 un essai intitulé L’Afrique et le Défi de l’extension de la sécurité sociale, l’exemple du Cameroun, aux éditions Pyramide Papyrus Presse.