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Robert Rudin : « La vision d’Ericsson ne s’arrête pas au smartphone »

Robert Rudin, vice-président grands comptes d'Ericsson en Afrique Subsaharienne. © APA

 À l’occasion des résultats du premier semestre 2010, le Monsieur Afrique du groupe suédois revient sur la stratégie du leader mondial des équipements réseaux, marquée par le développement des services et l’africanisation des effectifs.

Jeune Afrique : Comment expliquer les résultats décevants d’Ericsson au premier semestre 2010, avec une baisse du chiffre d’affaires global de 8 % par rapport à l’an dernier ?

Robert Rudin : Notre chiffre d’affaires [9,8 milliards d’euros au premier semestre 2010, NDLR] a été impacté par une pénurie de composants électroniques, également ressentie par d’autres compagnies du secteur comme Nokia. Les fournisseurs ont réduit leur production pour anticiper les effets de la crise. Dans le même temps, le succès mondial des smartphones, que personne n’avait réellement anticipé, a contribué à provoquer des ruptures d’approvisionnement. Si on excepte ces difficultés conjoncturelles, notre évolution est quasi nulle, ce qui n’est pas notre objectif mais s’explique par la situation de l’économie mondiale.

Quelle est la situation en Afrique ?

En Afrique, le groupe a également souffert de cette pénurie, d’autant plus que notre activité est davantage orientée vers les produits que vers les services [consulting, gestion de réseaux, NDLR]. Par rapport au deuxième trimestre 2009, nous enregistrons un repli de notre chiffre d’affaires de 19 %, à 317 millions d’euros. Mais pour rester optimiste, il faut souligner notre excellente performance entre les premier et deuxième trimestres 2010, avec une progression de 22 % de notre activité. Sur cette période, l’Afrique est la deuxième zone la plus dynamique au monde derrière les États-Unis.

Cela va-t-il durer ?

Difficile à dire. Concernant notre stratégie, l’objectif d’Ericsson est de poursuivre le développement des activités de services, qui représentent autour de 42 % du chiffre d’affaires mondial [contre 35 % à 40 % en Afrique, NDLR].

Où en est votre programme mondial de réduction des coûts ?

Ce programme a été engagé au premier trimestre 2009 en anticipation des effets de la crise sur nos activités et s’est achevé au deuxième trimestre 2010, avec la réalisation de notre objectif de réduire nos dépenses de 1,5 milliard d’euros. Bien évidemment, nous restons attentifs à l’optimisation de nos coûts. Ce plan n’a pas énormément impacté nos activités en Afrique. Un de nos axes de travail a consisté à bâtir une organisation locale qui limite le nombre d’expatriés dans nos principaux pays. Au Sénégal, où notre bureau est installé depuis seulement quatre ans, ils ne représentent que 10 % de nos 150 employés. Ce résultat peut servir d’objectif pour nos autres implantations. Il faut noter que le pays ne manque pas de bons profils, c’est nettement plus dur au Niger, en République centrafricaine ou en Guinée, pour lesquels nous mobilisons nos équipes sénégalaises.

Après l’acquisition par l’indien Bharti des filiales africaines de Zain en juin, de nouvelles annonces de rachat ne sont pas à exclure. Cette incertitude est-elle néfaste pour vos affaires ?

Effectivement, les périodes qui précèdent les consolidations ne sont pas très favorables. Pour simplifier, je pourrais dire que les opérateurs pensent plus à soigner leurs états financiers que leurs réseaux et, par conséquent, gèlent en partie leurs investissements.

Comment répondez-vous aux attentes de vos clients qui veulent réduire leurs coûts en externalisant la gestion des réseaux ?

L’externalisation de la gestion des réseaux est quelque chose d’assez nouveau en Afrique. Le premier gros contrat de ce type sur le continent est celui que nous avons conclu l’an dernier avec Zain au Nigeria. Auparavant, les opérateurs s’étaient concentrés sur leur croissance. L’attention portée à l’optimisation des coûts est donc assez récente. Même si tous les opérateurs se montrent désormais très intéressés, pour le moment aucune signature de contrat n’a été annoncée.

Quels sont vos atouts sur ce créneau ?

Nous avons une vraie légitimité dans ce type d’activité. Nous gérons 400 millions de clients dans le monde, nous pouvons donc faire jouer des stratégies d’échelle. Plus encore, notre savoir-faire est reconnu. Nous sommes actuellement en discussion avec Bharti, pour lequel nous travaillons depuis plus de dix ans sur le sous-continent indien, avec beaucoup de succès. Il y a quelques mois, nous avons renforcé ces liens en signant un contrat de 768 millions d’euros. Notre ambition est bien sûr de poursuivre cette collaboration en Afrique.

Bharti pourrait-il confier ses contrats africains à plusieurs entreprises pour limiter les risques et, de fait, amener dans son sillage de nouveaux concurrents pour Ericsson ?

C’est une possibilité qui ne peut pas être exclue, mais nos succès en Inde nous laissent présager une décision positive pour Ericsson.

Quels sont les résultats africains de votre activité téléphones à travers les produits Sony-Ericsson ?

Notre dernier modèle, Xperia X10, devrait rencontrer un certain succès en Afrique, notamment parce qu’il fonctionne sous Android, un système d’exploitation ouvert [contrairement à Apple, NDLR]. En parallèle, le groupe, au travers de sa filiale ST-Ericsson, travaille à la création de nouvelles plateformes pour la téléphonie mobile, dont le prix sera très compétitif. Mais la vision d’Ericsson ne s’arrête pas au smartphone. À l’horizon 2020, nous visons 50 milliards de connexions à internet [contre environ 5 milliards dans le monde aujourd’hui, NDLR]. L’objectif est de connecter à internet tous les objets pour lesquels cela représentera un intérêt.

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