Droits de l’homme

Sidi Mouloud, un rallié pas comme les autres ?

Mustapha Salma Sidi Mouloud, à Smara, le 9 août dernier. © Abdelhak Senna/AFP

En retournant à Tindouf pour défendre la solution marocaine d'autonomie pour le Sahara occidental, l'inspecteur général de la sûreté du Front Polisario ne manque pas de courage. Pourtant, il se défend d'être un "rallié". Retour sur le parcours d'un homme dont la position actuelle est aussi inconfortable que téméraire.

L’affaire est surprenante. Pourquoi Mustapha Salma Ould Sidi Mouloud, inspecteur général de la sûreté du Front Polisario, a-t-il, le 30 août, quitté le Maroc, où il se trouvait depuis trois mois, pour aller défendre le plan d’autonomie marocain dans les camps de Tindouf ?

Si les ralliements au Maroc de hauts cadres du Polisario ne sont plus une exception, la méthode de l’aller-retour qu’a choisie Sidi Mouloud est pour le moins originale. Le policier, qui se défend d’être un rallié, est arrivé dans le royaume au début de mai, « pour des raisons privées et dans le cadre d’une visite familiale ».

Au pied du mur

Ould Mouloud, 42 ans, est né à Smara, la capitale spirituelle du Sahara occidental. Il appartient à la grande tribu des Reguibat Labeihat, originaire de Zemmour, dans le Nord-Est. Son père, Salma Sidi Mouloud, est un cheikh très respecté, qui vit toujours à Smara. Son fils ne l’a pas vu depuis trente-trois ans, époque à laquelle il a été emmené dans les camps, avec sa mère et ses quatre sœurs.

Après deux mois passés au Maroc dans la plus grande discrétion, Ould Mouloud organise une conférence de presse, le 9 août. Là, il annonce son soutien au plan d’autonomie marocain et son intention de rejoindre Tindouf « dans deux ou trois jours » pour défendre ce plan auprès des habitants des camps. Un projet qu’il ne mettra à exécution que vingt jours plus tard. « S’il est venu au Maroc, c’est parce qu’il avait envie de voir les choses par lui-même. Il était très mécontent de la direction des camps. Un mois après son arrivée, il m’a dit que le Maroc n’était peut-être pas un paradis, mais que ce n’était pas l’enfer décrit par le Polisario. Il a été très frappé par le développement économique et social dans les provinces du Sud », raconte un rallié, qui s’est entretenu au téléphone avec Mustapha durant l’été.

Ould Mouloud, c’est un peu le cas Aminatou Haidar à l’envers. L’activiste sahraouie dénonce les atteintes aux droits de l’homme et fustige le manque de liberté d’expression dans le royaume chérifien ; Ould Mouloud, lui, met le Polisario au pied du mur. Il demande à la direction du Front de le laisser s’exprimer librement au sein des camps, où l’attendent sa femme, ses quatre enfants et ses deux frères. Avant de quitter le Maroc, il a néanmoins envoyé une lettre au Conseil consultatif des droits de l’homme (CCDH), dans laquelle il exprime sa crainte de représailles de la part du Front : « Je supervise, de par mes fonctions, toutes les prisons de Tindouf, et je ne crains pas d’y séjourner pour exprimer et défendre mes positions. »

Courageux ou suicidaire ?

Une attitude téméraire qui est une aubaine pour le Maroc. Même s’il n’est pas officiellement un « rallié », Ould Mouloud est une figure très respectée dans les camps. Réputé pour son intelligence et sa curiosité d’esprit, il a étudié la physique en Libye et en Algérie avant de suivre une formation de policier. Il est aussi une mine d’informations pour les Marocains. Ayant participé à la restructuration des services de sécurité de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), il connaît par cœur le fonctionnement de l’appareil policier du Polisario et a travaillé en collaboration étroite avec les services algériens.

« Ould Mouloud est un homme sage et très courageux. On va voir maintenant si le Polisario a vraiment la volonté d’ouvrir le dialogue et d’écouter », commente Ahmed Ould Souilem, un ancien responsable du Polisario rallié au Maroc depuis juillet 2009.

Courageux pour certains, suicidaire pour d’autres. Confronté à une forte couverture médiatique et à l’implication des associations des droits de l’homme, le Polisario est en tout cas dans l’embarras.

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