Culture

Le pourquoi de l’exil

Mis à jour le 12 septembre 2010 à 12:37

En 2002, J.M. Coetzee quittait l’Afrique du Sud pour l’Australie. Rares sont ceux qui comprirent son départ. À sa manière, il s’en explique

« [Il] a fini par lever le pied pour aller en Australie, où il est mort. J’ai quitté l’Afrique du Sud dans les années 1970, et n’y suis jamais retourné. En gros, lui et moi avions la même attitude envers l’Afrique du Sud et la question d’y rester. Notre attitude, pour être bref, était que notre présence était légale mais illégitime. Nous avions un droit abstrait d’y être, droit acquis de naissance, mais ce droit reposait sur une imposture. Notre présence était fondée sur un crime, à savoir la conquête coloniale, perpétuée par l’apartheid. Quel que soit le contraire d’indigènes ou d’enracinés, c’est ainsi que nous nous percevions. Nous nous voyions comme des gens de passage, résidents provisoires, et partant, sans pays, sans patrie. Je ne crois pas déformer la pensée de John sur ce point. […] Je ne considérais pas notre sort comme tragique, et je suis sûr que lui non plus. S’il faut le qualifier, je dirais que notre sort était comique. Ses ancêtres, à leur manière, ainsi que les miens à leur manière aussi, avaient travaillé dur, de génération en génération, pour déblayer un coin de l’Afrique sauvage où installer leurs descendants, et quel était le fruit de leur peine ? Le doute qui taraudait le cœur de ces descendants sur leur droit à la terre ; un sentiment de malaise : cette terre ne leur appartenait pas, mais était le bien inaliénable des propriétaires originaux. »