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Air Algérie : pourquoi tout ce bruit ?

La presse algérienne annonce depuis peu que la compagnie aérienne nationale pourrait prochainement être interdit de vol en Europe. Mais le scénario paraît peu probable et le timing de ces « révélations » interpelle.

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Mis à jour le 8 septembre 2010 à 16:38

Depuis le 30 août, la presse algérienne, relayée par quelques titres français, annonce qu’Air Algérie pourrait se voir retirer son certificat de transporteur aérien (CTA) et être interdit de vol dans l’espace européen. De quoi s’agit-il ? Le 5 juillet 2010, on apprend, par un rapport de la Commission de Bruxelles, que la compagnie est dans le collimateur du Comité de la sécurité aérienne depuis janvier 2009, les inspections au sol des appareils ayant révélé des manquements.

Les autorités algériennes ont été saisies par la Commission européenne. Leur dernier échange remonte au 18 juin 2010 : la direction d’Air Algérie s’engage alors à remettre un plan détaillé de mesures correctives, assorti d’un calendrier de vérification et de mise en œuvre. « Insuffisant », estiment les experts européens, qui exigent des rapports mensuels sur les activités de surveillance (entretien et exploitation des aéronefs, validité des licences du personnel navigant…). L’ordre du jour de la prochaine réunion du Comité de la sécurité aérienne, fixée au 5 novembre, prévoit un réexamen du dossier.

Émoi dans la presse privée algérienne : « Air Algérie blacklisté par Bruxelles », titrent les quotidiens francophones ou arabophones. Selon Wahid Bouabdallah, le PDG de la compagnie, il est pourtant peu probable que les appareils d’Air Algérie seront interdits de vol dans le ciel européen. « Les griefs retenus ne sont liés ni à la navigabilité ni à la sécurité des passagers. Les défaillances concernent l’arrimage du fret, l’état de la moquette et des sièges, ou l’obstruction des issues de secours par des bagages à main. Cela dit, nous devons reconnaître une certaine nonchalance, voire du laxisme, dans l’application des procédures au quotidien. »

À l’appui de ces dires, le rapport de la Commission de Bruxelles n’évoque à aucun moment une suspension ou un retrait du CTA. Alors pourquoi une telle campagne de déstabilisation ? Et – autre fait troublant – pourquoi maintenant ? L’inspection a commencé en 2009 ; le rapport de la Commission a été publié le 5 juillet 2010. Or il a fallu attendre le 30 août pour que les médias s’en emparent et évoquent la menace d’un ultimatum qui n’existe pas.

L’explication se trouve sans doute dans le plan de restructuration de la direction de la maintenance, entamé par Bouabdallah en juillet, et qui se heurte à l’hostilité de syndicalistes et de lobbies, au sein de la compagnie.