Politique

Un jugement en guise d’avertissement

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Mis à jour le 13 septembre 2010 à 13:19

Pour une première condamnation, la justice sénégalaise s’est montrée indulgente tout en lançant un sérieux avertissement. Sept maîtres coraniques – six Sénégalais et un Bissau-Guinéen – ont écopé, le 8 septembre, à Dakar, de six mois de prison avec sursis et d’une amende de 100 000 F CFA (152 euros) pour avoir contraint des mineurs à mendier. Chaque année, des milliers d’enfants – souvent en guenilles, régulièrement maltraités et parfois âgés de 3 ou 4 ans – sont jetés dans les rues dans l’ensemble du pays.

Ce jugement intervient cinq ans après l’adoption d’une loi censée interdire l’organisation de la mendicité. Depuis, pas grand-chose. Et il y a cinq mois, l’organisation internationale Human Rights Watch (HRW) avait accusé le gouvernement sénégalais de rester « les bras croisés ».

Le message semble avoir été entendu. Mais en partie seulement, selon Alioune Tine, le président de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme (Raddho), qui regrette la clémence des magistrats. « Si certains maîtres coraniques remplissent une mission éducative par l’apprentissage du Coran, bon nombre se livrent à une activité criminelle qui s’apparente à de l’esclavage. Pour eux, la loi doit s’appliquer avec la plus grande rigueur », explique-t-il.

Au-delà de cette légitime protestation contre de telles dérives affairistes, la question n’est pas simple. Talibés disciplinés, écoles coraniques inculquant l’humilité aux élèves, chefs religieux tout-puissants, aumône devant les lieux de culte… Le contexte sociologique ne peut être ignoré au Sénégal. Une chance toutefois : ce jugement a suscité un débat national aux vertus pédagogiques, et les confréries traditionnelles, imams et oulémas, ont clairement dénoncé la mendicité. Les autorités doivent d’ailleurs mettre sur pied une cellule nationale de lutte contre la traite des enfants.