Culture

Afrique qui rit, Afrique qui pleure

Deux films offrent une image contrastée du continent. L’un retrace la formidable épopée de musiciens kinois ; l’autre dénonce le trafic d’êtres humains qui sévit dans le milieu du foot.

Mis à jour le 24 septembre 2010 à 13:43

Alors que la première Coupe du monde de foot organisée en Afrique a été célébrée comme une incontestable réussite, la documentariste Pascale Lamche s’emploie à gâcher cette si belle fête. Heureusement, ce n’est qu’a posteriori. Elle décrit en effet dans Black Diamond l’une des faces les plus sombres du football africain. En dénonçant le véritable trafic d’êtres humains que représente le « business » de l’exportation de jeunes joueurs vers d’imaginaires eldorados sportifs et financiers. Souvent après avoir fait débourser à leurs familles des sommes importantes que des « agents » auront rapidement encaissées.

Il existe certes un marché « normal » des joueurs les plus doués du continent, repérés par des recruteurs opérant pour des clubs étrangers. Même ce « business » tout à fait légal d’hommes traités comme des marchandises peut déjà prêter à la discussion. Il s’apparente par bien des aspects au commerce des matières premières africaines, qui profite surtout aux acheteurs. Mais ce que nous donne à voir l’enquête de Pascale Lamche, menée essentiellement au Ghana et en Côte d’Ivoire, est évidemment d’une tout autre nature. Et ressemble dans le meilleur des cas à du commerce d’illusions, et dans le pire – hélas le plus souvent – à de l’escroquerie.

La galerie de portraits qu’elle propose d’agents autoproclamés de joueurs est édifiante. Tous ces bonimenteurs, noirs ou blancs, ne cessent de rappeler le destin fabuleux des Didier Drogba et autres Samuel Eto’o. Ils se vantent d’avoir découvert eux-mêmes ces superstars ou d’autres joueurs qui ont réussi dans des clubs lointains afin d’appâter les jeunes et leurs familles, incapables de résister bien longtemps à des rêves de gloire et de fortune. Quant aux récits desdites victimes, des gamins régulièrement abandonnés à leur sort sans argent ni papiers dans des pays lointains, tel ce jeune Ivoirien parti conquérir la planète foot et condamné à errer en Tunisie, où personne ne l’attendait, ils sont poignants et révoltants.

La référence à la traite négrière évoquée dans le documentaire peut paraître excessive et surtout inappropriée. Mais un tel film qui entend dénoncer un scandale méconnu, réalisé un peu à la manière des pamphlets de Michael Moore, dessins d’animation à l’appui, ne cherche évidemment pas à faire dans la nuance. Ni à expliquer très en détail le contexte du problème et ses éventuelles solutions. Seul compte l’effet que doit ressentir le spectateur, choqué à juste titre par ce qu’on lui montre de façon si spectaculaire.

Surdoués de la rumba

Ce choix de la dénonciation implique de traiter le sujet de l’extérieur, en observateur indigné. On peut vouloir au contraire évoquer une situation sans la juger, sans commentaires, en privilégiant l’empathie avec les personnages auxquels on s’intéresse. C’est ce qu’ont fait les deux auteurs de Benda Bilili !, le documentaire qui a fait sensation au dernier Festival de Cannes, où il était présenté en ouverture de la Quinzaine des réalisateurs et qui sort sur les écrans européens. Renaud Barret et Florent de La Tullaye sont restés six ans aux côtés des huit musiciens du groupe Staff Benda Bilili – parmi eux cinq handicapés – pour raconter leur incroyable parcours. Issus des rues d’un quartier populaire de Kinshasa, ils ont connu en quelques années un succès international grandissant. Benda Bilili ! donne ainsi à voir autant le quotidien des déshérités dans une capitale africaine que l’ascension improbable et sympathique vers la gloire de leurs « héros », surdoués de la rumba. En résulte un film jubilatoire, qui nous parle de la vraie vie dans une Afrique authentique. Et, ce qui ne gâte rien, très souvent en musique. Un beau film, tout simplement.