Société

De la torture à la culture

Mis à jour le 22 septembre 2010 à 13:35

Tazmamart, Agdz, Derb Moulay Cherif… Pour les Marocains, les noms de ces prisons secrètes ou de ces centres de torture font partie des funestes souvenirs des années de plomb. Bientôt, ils seront transformés en « espaces de préservation et de réhabilitation de la mémoire », comme le stipule la convention de partenariat signée, le 15 septembre, entre le ministère de la Culture et le Conseil consultatif des droits de l’homme (CCDH).

Le ministère suit ainsi l’une des principales recommandations de l’Instance Équité et Réconciliation (IER), mise en place par Mohammed VI en 2004 pour dénoncer les atteintes aux droits de l’homme perpétrées durant le règne de son père, Hassan II (1961-1999). Les membres de l’instance avaient insisté sur la nécessité de créer des lieux de culture et de mémoire afin de réconcilier les Marocains avec leur passé. En 2009, l’Union européenne a fait don de 5 millions d’euros au Maroc pour encourager ces programmes.

« Si nous avons mis du temps à concrétiser les recommandations de l’IER, c’est parce qu’il fallait définir des projets culturels originaux et adaptés à l’histoire de chaque lieu », explique Bachir Znagui, conseiller au ministère. Les différents sites ont été hiérarchisés selon leur intérêt historique et architectural. Les centres de détention secrets les plus célèbres, comme la casbah de Sekkoura, à Ouarzazate, Kelaat Megouna et Agdz, qui en sont proches, ou Derb Moulay Cherif, à Casablanca, seront classés au patrimoine national, restaurés et sans doute transformés en musées.

« Nous travaillerons avec des historiens pour rappeler les différents usages de ces lieux, qui ont souvent été de simples casernes avant de devenir des centres de torture », ajoute Znagui. D’autres sites, de moindre intérêt, seront également réhabilités puis préservés. « Dans les régions isolées de Figuig ou de Khénifra [dans l’est et le nord du pays, NDLR], les gens se sont sentis délaissés et sanctionnés par le pouvoir. Il est important de rétablir la justice, notamment à travers la création de lieux culturels. »