Politique

Crises tous azimuts

De l’Italie au Royaume-Uni, en passant par l’Allemagne, la Belgique ou les Pays-Bas, les gouvernements de coalition subissent partout de fortes turbulences. Mais certains davantage que d’autres. Et pas toujours pour les mêmes raisons.

Mis à jour le 27 septembre 2010 à 17:42

L’Europe est en petite forme. On savait qu’en raison de la récession qui massacre ses emplois l’Union traverse une période de dépression politique qui se traduit par une poussée des égoïsmes nationaux et économiques. Mais les gouvernements des États qui la composent ne sont, à l’évidence, pas davantage à la fête, à en juger par la pagaille qui sévit dans plusieurs capitales, et non des moindres : Rome, Londres, Berlin, Bruxelles et La Haye.

Les causes en sont variées. Ici, l’on incrimine la crise, qui exacerbe les tensions entre groupes sociaux ; là, le système électoral à la proportionnelle, qui ne permet pas de dégager des majorités stables ; là encore, les contrats de gouvernement mal négociés entre partis contraints de pratiquer le délicat exercice de la coalition. Sans oublier, bien sûr, l’expression des ambitions personnelles. Bref, il y a crise, et crise.

En Italie, la plus bruyante

Silvio Berlusconi est furieux. Il veut des élections législatives anticipées pour se débarrasser de Gianfranco Fini, son ex-allié. Naguère postfasciste, ce dernier s’est peu à peu constitué une réputation d’homme de droite intègre et raisonnable. En somme, c’est l’anti-Berlusconi. Et il ne se cache plus de briguer la succession d’un président du Conseil plus que jamais empêtré dans les scandales et les polémiques.

Fin juillet, trente-trois députés proches de Fini ont quitté avec leur chef le Peuple de la liberté, le parti fondé conjointement par Silvio et Gianfranco en mars 2009. Et ils menacent à tout moment de refuser de voter avec leurs anciens camarades.

Ajoutant à la rage du Cavaliere, Fini n’entend pas démissionner de la présidence de l’Assemblée nationale. Comme dans tout divorce irrémédiable, les injures volent bas.

Pour convoquer des élections anticipées, il faudrait qu’il y ait crise gouvernementale. Or les amis de celui que Silvio Berlusconi n’appelle plus que « l’opposant de l’intérieur » viennent de voter la confiance à son gouvernement. Le président de la République n’a donc aucune raison de dissoudre l’Assemblée. Pour l’instant, situation bloquée.

Au Royaume-Uni, la plus soft

Les ministres libéraux du premier gouvernement de coalition jamais constitué avec les conservateurs n’ont pas le moral. Sensiblement plus à gauche qu’eux, la base du Parti libéral-démocrate ne leur ménage pas les critiques. Ce qu’elle leur reproche ? D’abord, d’avoir laissé les conservateurs du Premier ministre, David Cameron, imposer leur programme d’austérité. Bien sûr, le grief vise en premier lieu le vice-Premier ministre, Nick Clegg, leur propre leader.

Il est vrai que, durant la campagne électorale du mois de mai, les « libdems » avaient déjà avalé pas mal de couleuvres : de la relance du nucléaire civil au remplacement du sous-marin nucléaire Trident, en passant par divers coups de hache dans les programmes sociaux et la nomination comme conseiller du gouvernement de Philip Green, un milliardaire « évadé fiscal » mais financier des Tories. En échange, ils n’ont obtenu que la promesse d’un référendum sur l’introduction d’une dose de proportionnalité dans le scrutin législatif. Et en plus, ils sont en chute libre dans les sondages !

Clegg a eu beau déclarer « illégale » la guerre en Irak, Cameron maintient la présence britannique dans ce pays aux côtés des Américains. La lune de miel est bel et bien finie.

En Allemagne, la plus inextricable

La chancelière, Angela Merkel (CDU), a implicitement reconnu que la zizanie qui règne au sein de son gouvernement est la conséquence de son indécision. Le vice-chancelier, Guido Westerwelle, son bouillant allié libéral (FDP), a passé une partie de l’année à dire le contraire de ce que les chrétiens-démocrates, pourtant majoritaires, souhaitaient entendre. Quand ceux-ci annonçaient des économies budgétaires pour réduire les déficits, il clamait par exemple son attachement aux baisses d’impôts.

En plus, il tire à vue sur le salaire minimum ou la protection sociale. Son ultralibéralisme a eu pour résultat de faire tomber à 5 % les intentions de vote en faveur des libéraux, qui avaient pourtant recueilli 14 % des voix lors des législatives de septembre 2009.

En l’absence d’une réaction forte de la chancelière, la cacophonie a gagné le camp CDU-CSU, qui ne parvient à s’entendre ni sur la fin du service militaire obligatoire, ni sur la politique nucléaire, ni sur la présence allemande en Afghanistan. Merkel a donc décidé de… décider, à l’avenir, plus rapidement, afin d’éviter ces errements.

Aux Pays-Bas, la plus teintée dexénophobie

Voici trois mois que les Pays-Bas n’ont pas de gouvernement. Les élections législatives de juin n’ont en effet pas permis de dégager de majorité claire. La droite semblait en mesure de former une coalition, mais à la condition que les libéraux (VVD) et les chrétiens-­démocrates (CDA) acceptent le soutien – sans participation au gouvernement – du parti d’extrême droite PVV, que dirige le boutefeu islamophobe Geert Wilders. Or celui-ci conditionne son accord à l’adoption d’une politique d’immigration musclée. Ce qui hérisse bien des chrétiens-démocrates. Au pays de l’hospitalité et de la tolérance, les négociations avec le « diable » populiste se poursuivent.

En Belgique, la plus explosive

Le gouvernement d’Yves Leterme expédie les affaires courantes depuis quatre mois. Conduites par Elio Di Rupo, président du Parti socialiste francophone, et Bart De Wever, président du parti indépendantiste Nouvelle Alliance flamande, les négociations politico-institutionnelles engagées entre sept partis n’ont encore débouché sur rien.

Désormais, tout oppose Wallons et Flamands : le statut de Bruxelles, le caractère fédéral de la Belgique, la répartition du budget national entre les deux régions du pays… On peut même se demander si le « vouloir vivre ensemble » existe toujours dans les deux communautés. Et s’il n’est pas temps pour le roi Albert II de déposer sa couronne et d’entériner la partition du pays.