Racisme

Saad Tawfiq « Le Maroc fait partie de ma culture, il est dans mon coeur »

Saad Tawfiq sur la glace. © Bertrand Carrière/VU pour J.A.

Né au cœur de la Ville Blanche, ce Canadien d’adoption a renoué avec ses origines en devenant le capitaine de l’équipe nationale marocaine de hockey sur glace.

Lunettes de soleil sur le nez, allure athlétique, démarche assurée, Saad Tawfiq n’est plus le timide petit Marocain de 5 ans arrivé avec ses parents en banlieue sud de Montréal en 1988. Par son engagement sportif, le néo-Canadien est fier de tordre le cou à l’idée préconçue selon laquelle un immigrant délaisserait nécessairement son pays d’origine au profit de son pays d’accueil. « Je fais tout ce que n’importe quel Marocain vivant à l’étranger devrait faire. J’aide mon pays d’origine. J’aide les miens. » Aujourd’hui célibataire et jeune entrepreneur au Québec, Tawfiq a renoué avec le Maroc à sa manière : en occupant le poste de capitaine de l’équipe nationale de hockey sur glace.

Le jeune champion a bien conscience que l’idée même d’une équipe de hockey sur glace marocaine puisse faire sourire : « Nous sommes une équipe sérieuse ! Nous pratiquons un hockey de haut niveau ! » Crédible, une équipe africaine pratiquant le sport le plus nord-américain qui soit ? Tawfiq est en tout cas épaulé dans sa tâche par le président de l’Association nationale marocaine de hockey et initiateur du projet, Khalid Mrini.

Le déclic remonte à 2005. Après l’inauguration de la première patinoire du pays au sein du centre commercial Mega Mall de Rabat, Khalid Mrini décide, avec son frère – tous deux résidents au Canada –, de créer le premier club de hockey du Maroc, les Rabat Capitals. À partir de ce moment, l’idée de mettre en place une équipe nationale fait son chemin et se concrétise la même année. Seule exigence pour en faire partie : être d’origine marocaine et… savoir jouer au hockey. Les débuts sont difficiles, mais les premiers joueurs intéressés se font peu à peu connaître. En janvier 2008, les frères Mrini sont contactés par la fédération de hockey des Émirats arabes unis, qui organise le premier Championnat arabe des nations à Abou Dhabi, en juin de la même année. Elle les invite à inscrire le Maroc à la compétition, aux côtés du Koweït et de l’Algérie. Khalid Mrini veut saisir cette chance et se lance dans un recrutement tous azimuts. Au Maroc et à l’étranger, y compris par internet, il s’agit de sélectionner 11 joueurs parmi 200 jeunes d’origine marocaine, pour la plupart engagés dans les compétitions de ligues mineures ou universitaires au Canada.

Ainsi recruté, Saad Tawfiq voit dans cette occasion l’espoir de réaliser son rêve de gosse : pouvoir enfin chausser les patins. Qui plus est pour le pays qui l’a vu naître. « C’est une vraie fierté pour moi ! Il est important de garder contact avec ses origines. Je suis canadien d’origine marocaine. Le Maroc fait partie de ma culture, il est dans mon cœur. » Sélectionné pour participer aux entraînements, Tawfiq est désigné capitaine et directeur technique. La crédibilité de l’équipe, qui se compose de joueurs vivant au Canada, en France, en Suède et en Angleterre, est confirmée à l’issue du championnat de 2008. Le Maroc repart d’Abou Dhabi avec la médaille de bronze. Fier de sa recrue, Khalid Mrini est convaincu que Saad a les qualités requises pour les postes qu’il occupe : « Il a mieux qu’un diplôme, il a du cœur. J’ai tout de suite compris qu’il était apte à faire ce travail. »

Né le 18 mars 1983 à Casablanca (Maroc), Saad Tawfiq arrive dans le Grand Nord par hasard, lorsque son père, alors consultant en vente pour une entreprise de construction française, obtient un contrat au sein de l’Avis Budget Group, au Canada. À l’école primaire, Saad Tawfiq côtoie les jeunes Québécois, et pratique, comme eux, le hockey dans la rue. Dès l’âge de 11 ans, il sent naître en lui une réelle passion pour ce sport, mais son père le pousse à se concentrer plutôt sur ses études. S’il se rend chaque été dans son Maroc natal, il s’intègre parfaitement au Québec, n’y connaît aucun problème de racisme, et poursuit ses études d’abord à l’université de Montréal, puis à l’université du Québec, où il suit des cours de pilotage d’avion. Jusqu’à ce que vienne le temps de reprendre l’entreprise familiale, l’agence de location d’automobiles que son père a fini par acquérir quelques années après s’être établi au Québec. Son amour pour le hockey s’efface alors peu à peu pour ne devenir qu’un pâle souvenir de jeunesse. Puis, un jour, il tombe sur une annonce de recrutement mise en ligne par un certain Khalid Mrini…

Depuis mai dernier, l’équipe nationale marocaine a officiellement intégré la Fédération internationale de hockey sur glace (IIHF). Elle n’est pas encore classée en division, car elle ne participe pas à toutes les compétitions internationales. Mais elle est tout de même membre associé.

Pour tenter de s’élever au niveau de ses adversaires, c’est-à-dire pouvoir s’équiper, se déplacer dans les différents championnats et, éventuellement, ouvrir des bureaux à l’étranger, l’équipe marocaine a cependant besoin de soutiens financiers. « C’est sûr, nous manquons de ressources. On s’arrange comme on peut. Chacun y met du sien. » Khalid Mrini sollicite des partenaires canadiens et internationaux pour ses joueurs, mais aussi pour la promotion du hockey au sein du royaume. Un dîner-bénéfice a ainsi eu lieu, en mai dernier, au restaurant Le Riyad de Montréal. « C’est un bon début, il y avait beaucoup de personnes qui n’étaient pas issues de la communauté marocaine. » Outre le soutien « moral » qu’il reçoit du ministère marocain des Sports, Khalid Mrini multiplie les rencontres avec le ministère des Résidents marocains à l’étranger, puisque les joueurs évoluent dans différents pays d’adoption – en majorité au Canada.

Au-delà des besoins financiers, l’entraînement se poursuit pour les hockeyeurs marocains, âgés de 15 ans à 40 ans. Ils se préparent pour le 1er Championnat d’Afrique des nations, qui aura lieu mi-octobre à Johannesburg, en Afrique du Sud. La compétition verra s’affronter les hockeyeurs d’Afrique du Sud, du Maroc, d’Algérie, de Tunisie et de Namibie.

Depuis le succès d’Abou Dhabi, Saad Tawfiq essaie de concilier son engagement au sein de l’entreprise familiale et sa responsabilité de capitaine et de directeur technique. « C’est important pour les joueurs de représenter leur pays, de jouer pour le Maroc, c’est même un honneur. » En fonction de l’agenda de chacun, il tente de rassembler ses coéquipiers deux à trois fois par semaine dans une patinoire de Montréal, et multiplie les matchs amicaux. En mars dernier, par exemple, son équipe a gagné contre l’équipe semi-professionnelle Desjardins du Québec, à Montréal. Plus que jamais, Saad Tawfiq croit en son équipe : « Pour l’Afrique du Sud, nous visons clairement la médaille d’or. »

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