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Objectif du millénaire, un défi africain

| Par Jeune Afrique
Construction de la première centrale solaire en Egypte.

Construction de la première centrale solaire en Egypte. © Paul Langrock/Zenit-Laif-Rea

Niveau de vie, éducation, santé… Plus de 100 chefs d’État se sont réunis à New York pour faire le point sur le programme mondial lancé par l’ONU en 2000. Un bilan mitigé, notamment pour le continent.

Les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Cette maxime trouve une nouvelle jeunesse dans l’actualité mondiale de cette seconde quinzaine du mois de septembre. Plus de 100 chefs d’État se sont retrouvés au siège des Nations unies, à New York, du 20 au 22 septembre. Ils se sont donné rendez-vous pour dresser le bilan d’une décennie d’Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), cinq ans avant la date butoir. Ce vaste programme planétaire en huit points clés (éradiquer l’extrême pauvreté et la faim, garantir l’éducation primaire pour tous, réduire la mortalité infantile et maternelle, assurer l’égalité hommes-femmes, combattre le sida…), censé réduire de moitié la pauvreté sur l’ensemble de la planète d’ici à 2015, a en effet été lancé en grande pompe dans la même enceinte le 8 septembre 2000.

Dix ans plus tard, l’heure n’est pas au triomphalisme. « Il y a eu des progrès, mais de façon inégale », reconnaît l’ONU dans un rapport sur les dix ans d’OMD remis aux chefs d’État. Et les auteurs de préciser : « Des engagements non tenus, des ressources inadéquates, l’absence d’orientations claires et de responsabilisation, et un attachement insuffisant à la cause du développement durable expliquent les mauvais résultats dans de nombreux domaines. Certaines de ces insuffisances ont été aggravées par les crises alimentaires, financières et économiques mondiales. » Fermez le ban.

L’accès à l’eau reste un défi. La malnutrition augmente, et 240 millions de personnes souffrent de la faim en Afrique sur 925 millions dans le monde, soit plus d’un quart du total. En matière d’accès des femmes aux soins et à la contraception, de scolarisation des enfants, etc., le fossé entre riches et pauvres, ­urbains et ruraux, se creuse. Bien sûr, le bilan ne révèle pas un échec total. Depuis 1990, la mortalité infantile est tombée de 12,6 millions à 8,8 millions de décès par an. Le nombre de personnes bénéficiant d’une thérapie antirétrovirale a été multiplié par dix depuis 2003. L’objectif d’abaisser le taux de pauvreté sous les 15 % en 2015 (46 % en 1990) est réaliste. Même si cela fera toujours 920 millions de personnes dans le monde qui survivront avec moins de 1 euro par jour.

Un paradoxe infernal

L’Afrique, elle, fait face à un paradoxe infernal. Sur plusieurs OMD, le continent enregistre les progrès les plus rapides, mais ces efforts ne ressortent pas vraiment. « Depuis 1995, le taux de pauvreté diminue de 1 % par an en Afrique, c’est une très belle performance. Mais il s’élève toujours à 50 % parce que le continent part d’un niveau très élevé », assure Shanta Devarajan, économiste en chef pour l’Afrique de la Banque mondiale.

Dans ce bilan, quelques pays se distinguent. Enclavé, sans ressources naturelles, le Malawi dépendait de l’aide alimentaire. Il est devenu exportateur net de produits agricoles grâce à une politique volontariste qui a facilité « l’accès à des semences et à des engrais subventionnés », explique l’ONG Oxfam­. Le Burkina Faso, comme le Mali, réalise de belles performances dans les domaines de la parité hommes-femmes et de la scolarisation des enfants dans le primaire. D’ailleurs, c’est dans l’accès des enfants à l’éducation de base que les pays francophones d’Afrique de l’Ouest ont le plus avancé.

« Il y a deux domaines où l’Afrique est la plus performante : la diminution de la pauvreté et l’éducation », confirme Shanta Devarajan. En revanche, en matière de santé, les ravages du sida (malgré quelques signes positifs) ont occasionné une très forte mortalité infantile et maternelle. Dans ce domaine, « seulement cinq pays [Rwanda, Éthiopie, Tanzanie, Ghana, Burkina Faso, NDLR] sont en voie d’atteindre les OMD », souligne le docteur Aouélé Aka, ministre ivoirien de la Santé. Mais rien n’est irréversible, même sans moyens colossaux. Au Rwanda, par exemple, une prime accordée aux médecins, de 1 dollar par enfant vacciné et de 2 dollars par femme enceinte examinée, à fait chuter la mortalité infantile de 30 % en cinq ans !

Reste le principal fléau : la malnutrition. « Il y a bien sûr des problèmes de sécheresse et d’inondations. Mais le défi majeur de l’Afrique réside dans le gain de productivité de l’agriculture pour relever les revenus très bas de la majorité des agriculteurs », martèle Shanta Devarajan. Neuf pays, dont le Mali, la Tanzanie et le Malawi, ont réussi à augmenter la productivité de leur agriculture de 3 % par an depuis cinq ans.

Au moins 8 % à 9 % de croissance

« L’avantage, aujourd’hui, c’est qu’on connaît les trois conditions nécessaires pour atteindre les OMD : que les ressources externes des pays augmentent (aide publique au développement, allègement de la dette, investissements de capitaux privés, transferts des migrants…), que les États améliorent leurs politiques économiques et que le rythme de croissance soit élevé. Il faudrait une progression annuelle de 8 % à 9 % du PIB pour que le continent atteigne les OMD », explique Shanta Devarajan. Un défi à la portée du continent ? « Ce sera difficile, mais réalisable. La plupart des pays africains n’atteindront pas les OMD en 2015 mais dans la décennie suivante, note-t-il. Des États comme le Ghana et l’Ouganda ont des croissances de plus de 7 % en moyenne sur une décennie. L’Éthiopie atteindra les 10 % en 2010. Je suis optimiste parce que les faits sont là. »

Les gouvernements ont les cartes en main. « Les États doivent adopter des politiques publiques réalistes et définir une vision du pays dans les cinq à dix ans. Sans volonté politique, les bailleurs de fonds ne peuvent pas grand-chose », souligne André Pouilles-Duplaix, directeur adjoint du département technique opérationnel de l’Agence française de développement.

Surtout que les compteurs s’affolent. Selon l’ONU, il faudrait 100 milliards de dollars additionnels (environ 77 milliards d’euros) dans les dix ans pour atteindre les OMD. Qui paiera ? La polémique sur la contribution des pays riches aux OMD animera les discussions à l’ONU. Le hic réside dans la difficulté des pays du G8 à tenir l’engagement adopté lors du sommet de Gleneagles, en 2005, de doubler l’aide publique au développement (APD) au continent en 2010. De fait, « on estime que l’Afrique ne recevra que 11 milliards de dollars sur les 25 milliards envisagés à Gleneagles », explique l’ONU. « Les États ne mettront pas 1 dollar de plus sur la table », assure un économiste.

D’où l’idée récente de desserrer l’étau comptable des OMD. La Banque africaine de développement conseille ainsi aux pays de « se concentrer sur les objectifs qu’ils considèrent comme vitaux ». « Les OMD sont d’abord une boussole », confirme le docteur Aouélé Aka.

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