Politique

Bons Français

Par

François Soudan est directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

Il s’appelle, disons, Mamadou. Il a 20 ans, pas de papiers, pas un sou en poche. Il débarque sur un quai de Marseille après un long voyage. Se fond dans la foule des marins. Grimpe dans un train à destination de Paris. De la Ville Lumière, il ne connaît que les trottoirs. Dort en haillons sur une bouche de métro, avenue de Wagram ou ailleurs. Survit de petits boulots. Aux policiers, il explique qu’il n’est pas un réfugié mais un apatride. Aux fonctionnaires de la préfecture, qu’il refuse de demander la nationalité française parce qu’il ne se sent pas d’ici, mais qu’il veut y rester. Quelles sont les chances de Mamadou de ne pas être expulsé ? Nulles.

Il s’appelle, disons, Mohamed. Il a 20 ans et lui aussi débarque à Marseille, sa valisette à la main. Son passeport est un faux puisque la nationalité qui y figure n’est pas la sienne. Il l’a achetée. Mais il passe quand même entre les mailles du filet. Lui aussi monte à Paris. Contrairement à Mamadou, il veut devenir français. Remplit consciencieusement les papiers. Attend la convocation préfectorale. S’y rend l’angoisse au cœur. Le verdict tombe, après enquête : refus. Motif : « absence de titres sérieux à la faveur sollicitée ». Nul doute que son document de voyage douteux n’a pas joué en sa faveur. Quelles sont les chances de Mohamed de ne pas être expulsé ? Aucune.

Dans la France d’Éric Besson et de Brice Hortefeux, le père et le grand-père maternel de Nicolas Sarkozy n’auraient donc pas eu d’autre choix que de subir ce que l’on appelle pudiquement « la reconduite aux frontières » puisque, vous l’avez peut-être deviné, Mamadou et Mohamed ne sont autres que Pal Sarkozy et Benedict Mallah. Ces deux histoires sont les leurs, transposées aujourd’hui. Sauf que Pal est demeuré trente ans apatride sur le sol français sans que nul ne l’inquiète et que Benedict a obtenu sa nationalité, après dix-sept ans d’efforts mais sans jamais avoir été inquiété. Parce qu’ils étaient blancs et européens ? Peut-être. Mais certainement pas parce qu’ils répondaient aux critères actuels de cette « machine à fabriquer de bons Français » qu’est, selon ses propres dires, le ministère de M. Besson.

Leur fils et petit-fils, qui, autrefois, quand il nous épatait encore, se qualifia de « Français de sang mêlé » et eut le culot de nommer une beurette porte-parole de sa campagne, puis trois femmes issues de la diversité au sein de son gouvernement, a-t-il fait le rapprochement ? À l’heure des quotas d’expulsion, de la chasse aux mariages blancs et de la nationalité révocable, bref de toute une politique qui, sous prétexte de ne pas laisser le champ libre à l’extrémisme, ne fait que refléter la xénophobie populaire, Pal-Mamadou et Mohamed-Benedict n’ont que leurs yeux pour pleurer. 

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