Politique

Corée du Nord : Kim Jong-un, l’héritier énigmatique de Kim Jong-il

© KNS / KCNA / AFP

Après 17 ans de règne sans partage sur la Corée du Nord, Kim Jong-il a été emporté par une attaque cardiaque le dimanche 17 décembre 2011 alors qu'il se déplaçait à bord de son train blindé. La succession, préparée de longue date, devraît être assurée par l'un de ses fils, l'énigmatique Kim Jong-un. Qui est ce jeune homme à peine trentenaire ? Éléments de réponse avec ce portrait paru en mai 2010 dans les colonnes de Jeune Afrique.

En 1994, Kim Jong-il avait succédé à Kim Il-sung, son père, à la tête du Parti et de l’État. À son tour, il se prépare à transmettre les rênes du pouvoir à l’un de ses rejetons, Kim Jong-un, alias le Roi de l’Étoile du Matin, qu’il vient de nommer général… quatre étoiles.

Il a 27 ans (28, pour les Coréens, qui prennent en compte les neuf mois de gestation et ajoutent une année supplémentaire en fonction de la date du nouvel an lunaire), souffre d’un léger embonpoint, parle l’anglais, l’allemand, le français, le coréen et le patois bernois, qu’il a appris pendant ses études à l’école internationale de Berne. Son meilleur copain au lycée se souvient d’un « type sympa, bon skieur, fan de Playstation et de basket-ball, surtout les Chicago Bulls ».

Il a un grand frère, une petite sœur et, comme dans beaucoup de familles recomposées, plusieurs demi-frères et demi-sœurs, tous brillants et formés à l’étranger – en Suisse, en Australie et en France. Sa mère, une danseuse coréenne éduquée au Japon, a semble-t-il été le grand amour de son père. En 2004, son décès d’un cancer dans un hôpital parisien aurait d’ailleurs plongé le vieil homme dans le plus grand désarroi. Mais, en dépit de son âge (il fêtera dans deux ans son soixante-dixième anniversaire) et d’une santé chancelante (il souffre de diabète et connaît de graves problèmes rénaux et cardiaques), ce dernier semble s’être consolé avec une nouvelle compagne de près de trente ans sa cadette, sa secrétaire privée, une brillante pianiste qui répond au suave prénom de Jade (Kim Ok).

Passage de flambeau

Rien de bien extraordinaire, somme toute, si ce jeune homme, Kim Jong-un, diplômé de physique de la prestigieuse université Kim Il-sung de Pyongyang et fraîchement sorti de l’Académie militaire du même nom, n’était vraisemblablement appelé, dans les années qui viennent, à succéder à son père, Kim Jong-il, à la tête de la Corée du Nord. On sait qu’en 1994 ce dernier avait déjà succédé à son propre père, Kim Il-sung, le seul et unique « Président éternel de la nation ».

À Pyongyang, la nouvelle de la promotion de Kim Jong-un au rang de général quatre étoiles ne semble pas avoir surpris les Nord-Coréens. En 2009, la nomination du Roi de l’Étoile du Matin, comme il est très officiellement surnommé, à la Commission de la défense nationale avait déjà été interprétée comme le signe d’un prochain passage de flambeau. Quelques mois plus tard, à l’automne 2009, l’iconographie des billets de banque avait été modifiée. Pour la première fois, Kim Il-sung y apparaissait vieilli, avec rides et cheveux blancs, tandis que Kim Jong-il, jusque-là totalement absent de l’imagerie monétaire, était représenté par des symboles : son lieu de naissance (selon les hagiographes), dans les monts Baekdu, et sa fleur personnelle, la « kimjongillia ». À l’évidence, une page était en train de se tourner.

Et pourtant, à l’origine, c’est Kim Jong-nam, un demi-frère, qui avait été choisi, puis formé, pour prendre la succession de son père. Mais, en 2001, la piteuse arrestation de ce dernier, au Japon, en possession d’un faux passeport alors qu’il se rendait à Disneyland l’avait irrémédiablement décrédibilisé. L’aîné, Jong-chol (29 ans), ayant, à en croire son père, un caractère trop faible, c’est donc Jong-un qui a été désigné.

Contrairement à Kim Jong-il, qui passa quatorze ans aux côtés de son père à « apprendre le métier », ce qui lui permit de s’affirmer peu à peu au sein de la hiérarchie de l’État et du Parti des travailleurs, Kim Jong-un n’a que peu d’expérience du pouvoir. Depuis 2004, au moins, une équipe de choc a donc été constituée pour le coacher et assurer une transition en douceur. Les nominations de la semaine dernière ne sont qu’une sorte d’officialisation destinée à la population nord-coréenne et au reste du monde.

Il s’agit d’une sorte de régence dans le droit fil de l’histoire coréenne, avec, à sa tête, un triumvirat d’experts dans trois domaines essentiels à la survie du régime : économie et finances ; armée et politique étrangère ; parti et idéologie.

C’est avant tout à Kim Kyong-hui, la sœur cadette du « Cher Leader », nommée elle aussi général quatre étoiles le 28 septembre, que revient le rôle délicat d’encadrer les premiers pas du jeune Jong-un. Bien que placée, plusieurs années durant, en résidence surveillée en compagnie de son époux, Chang Song-taek, tombé en disgrâce après que Washington et Séoul l’eurent pressenti comme un éventuel leader d’ouverture, Kyong-hui est demeurée la plus proche collaboratrice du maître de Pyongyang. Chargée de l’industrie légère, cette brillante économiste a occupé divers postes de premier plan au sein de la direction nord-coréenne et fut longtemps la patronne d’une unité hautement sensible : celle qui contrôle les trafics illégaux du pays (drogue, fausse monnaie, etc.).

Caution idéologique

Issu d’un clan puissant qui compte pas moins de quatre généraux, son époux assure à l’héritier l’indéfectible soutien de l’armée. Vice-président de la Commission de la défense nationale, Chang Song-taek est à ce jour l’homme le plus puissant du pays après Kim Jong-il. On le dit favorable au dialogue intercoréen et à la reprise des pourparlers sur la dénucléarisation de la péninsule.

Quant au troisième homme, Choi Ryong-hae, qui vient lui aussi d’être promu général, c’est un ancien secrétaire général du Parti pour la province du Hwanghae du Nord et un proche collaborateur du Cher Leader. Fils d’un célèbre révolutionnaire et fidèle compagnon de Kim Il-sung, il est la caution idéologique du dauphin désigné.

Reste que celui-ci ne devrait pas être officiellement intronisé avant 2012, année du centenaire de la naissance de Kim Il-sung. Il aura alors (à peu près) 30 ans, un âge raisonnable pour ses nouvelles fonctions. À moins que la santé du Cher Leader ne se détériore brutalement, obligeant son fils à s’emparer des commandes plus tôt que prévu, de façon à sécuriser le pouvoir avant même le démarrage des trois années de deuil protocolaires. À Pyongyang, les Nord-Coréens demeurent circonspects. Personne ici ne connaît ce Roi de l’Étoile du Matin, dont les écrivains officiels du régime sont déjà, dit-on, en train de forger la légende.

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Article paru dans Jeune Afrique n°2595 (mai 2010)

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