Energie

L’Éthiopie détourne le Nil pour construire son barrage

| Par Jeune Afrique
L’Éthiopie veut capitaliser son potentiel hydroélectrique, estimé à 40 000 mégawatts, pour assurer son développement industriel et devenir le premier exportateur d’électricité en Afrique.

L'Éthiopie veut capitaliser son potentiel hydroélectrique, estimé à 40 000 mégawatts, pour assurer son développement industriel et devenir le premier exportateur d'électricité en Afrique. © AFP

L’Ethiopie a commencé à détourner une partie du Nil, mardi, pour permettre la construction d’un barrage hydroélectrique de 4,7 milliards de dollars provoquant linquiètude des pays en aval du fleuve.

Nouvel étape pour la construction du barrage de Grande Renaissance. En commençant mardi à détourner un tronçon du haut-Nil, le pays entend faciliter la construction de l’ouvrage, pièce maitresse de ses ambitions en matière de production d’électricité.  

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« Le barrage est construit au milieu de la rivière, de sorte que l’on ne pouvait pas effectuer des travaux de construction tant que la rivière coulait. Ce détournement nous permet maintenant de réaliser les travaux de génie civil sans difficulté. L’objectif est de détourner la rivière de quelques mètres et ensuite lui permettre de s’écouler sur son cours naturel »  explique Mihret Debebe, Directeur général de la compagnie nationale Ethiopian Electric Power Corporation, cité par Reuters.

Situé dans la région de Benishangul Gumuz, frontalière du Soudan, le barrage dont la construction, réalisée par l’italien Salini Costruttori est achevée à 21%, sera mis en marche en 2016. Il aura couté à lui seul un montant proche de 4,7 milliards de dollars. Le gouvernement estime ses capacités à 6000 mégawatts, soit l’équivalent de 6 tranches nucléaires.

Inquiétude de l’Egypte

Les ambitions hydroélectriques de l’Éthiopie sont depuis longtemps à l’origine de tensions avec son voisin qui redoute une réduction du débit fluvial. De leur coté, les autorités d’Addis-Abeba se plaignent des pressions du Caire sur les bailleurs de fonds internationaux pour suspendre les financements. L’annonce de début du détournement du Nil a été l’occasion d’une nouvelle passe d’arme entre l’Ethiopie et l’Egypte, situé en aval du fleuve.

Le ministre de l’Energie éthiopien, Alemayehu Tegenu, a tenu à dissiper les craintes, en expliquant dans un discours que « la construction du barrage bénéficiera aux pays riverains et qu’une mise en valeur juste et équitable de l’écoulement de la rivière ne cause aucun dommage aux pays riverains ». En guise de réponse, Mohamed Bahaa El-Din, ministre des Ressources en Eau et de l’Irrigation de l’Egypte, a averti que son pays ne pouvait pas se permettre de laisser filer « une seule goutte d’eau qui vient du Haut-Nil  » compte tenu des difficultés d’approvisionnement en eau auquelles fait face l’Egypte. Il a précisé que le Caire n’était pas opposé aux projets de développement de l’Éthiopie tant qu’ils ne nuisent pas aux pays en aval. Un panel d’experts de l’Ethiopie, l’Egypte et le Soudan devrait annoncer ses conclusions sur l’impact du barrage éthiopien sur le débit du Nil dans les deux prochaines semaines.

Potentiel hydraulique

Avec ces travaux, l’Ethiopie poursuit sa volonté de capitaliser sur son potentiel hydroélectrique, estimé à 40 000 mégawatts, soit le deuxième du continent après celui de la RD Congo. Le pays qui se rêve en nouveau tigre africain, veut assurer son développement industriel et devenir le premier exportateur d’électricité en Afrique à travers un plan d’investissement de 12 milliards de dollars. L’Ethiopie compte porter ses capacités hydroélectriques de 2 100 mégawatts à plus de 10 000 mégawatts dès 2015. Outre les travaux du barrage de Grande Renaissance, sont prévus l’édification du barrage de Gibe III sur l’Omo à 470 km au sud-ouest d’Addis et la construction de 8 000 km de lignes électriques pour mailler la région.

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