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« Nichane », une mort et plusieurs explications

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Faute de recettes publicitaires suffisantes, la version arabe de l’hebdomadaire « TelQuel » a dû mettre la clé sous la porte.

De quoi est mort Nichane, version arabe (dialectal) de l’hebdomadaire indépendant TelQuel lancée en 2006 ? Le 1er octobre, Ahmed Reda Benchemsi annonçait dans un communiqué que l’assemblée des actionnaires avait décidé la fermeture définitive du journal. Selon son directeur de la publication, Nichane a été purement et simplement « victime d’un boycott publicitaire persistant initié par le holding royal ONA/SNI, le plus important groupe économique du Maroc, avant d’être suivi par les grandes entreprises liées au régime ». Le groupe TelQuel, principal actionnaire de Nichane, aurait en effet perdu près de 10 millions de dirhams (883 000 euros). Le communiqué ajoute qu’entre septembre 2008 et septembre 2010 le chiffre d’affaires publicitaire de Nichane a chuté de 77 %.

Pour Benchemsi, le journal – indépendant, laïc et volontiers provocateur – a fait les frais de sa ligne éditoriale. « La responsabilité de la mort de Nichane incombe, en premier lieu, aux premiers cercles du pouvoir du royaume du Maroc », affirme-t-il. Pour Reporters sans frontières (RSF), le « boycott publicitaire s’est intensifié après la censure, en août 2009, de la publication du sondage sur les dix ans de règne de Mohammed VI, publié conjointement par Nichane, TelQuel et le quotidien Le Monde ». Mais, selon Khalid Naciri, ministre de la Communication, l’argument du boycott ne tient pas. « C’est une supercherie sans nom. M. Benchemsi élude la mauvaise gestion de son journal en lançant des accusations contre le gouvernement. TelQuel, qu’il dit également victime d’un boycott, est plein de pages de publicité. »

Comment Nichane, premier hebdomadaire arabophone du Maroc avec quelque 20 000 exemplaires vendus par semaine, a-t-il pu succomber ? En raison de son ton critique à l’égard du pouvoir, soutient Benchemsi, mais aussi d’une absurdité économique connue de tous dans le royaume et en vertu de laquelle les supports arabophones, qui ont pourtant plus de lecteurs, accueillent beaucoup moins de publicité que les publications francophones. « Les grandes entreprises se tournent naturellement vers les supports en français, qui ont une meilleure image et qui s’adressent aux catégories socioprofessionnelles supérieures, explique un créatif dans une agence de publicité. Les supports arabophones sont plus dépendants des entreprises nationales. » TelQuel n’est pas en danger actuellement puisqu’il a les faveurs d’annonceurs beaucoup plus diversifiés, dont notamment des multinationales.

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