Dossier

Cet article est issu du dossier «Gabon : première année, premier bilan»

Voir tout le sommaire
Vie des partis

Une opposition politique forte de deux grandes coalitions

J. E. Ndong (beige), Z. Myboto (debout) et, à sa gauche, A. M. Obame, le 10 février à Libreville. © AFP

Après la présidentielle, on la disait laminée. Mais l'opposition s’est pourtant reconstituée et soudée autour de deux coalitions. Les nouvelles alliances tiendront-elles jusqu’aux législatives de l’année prochaine ?

Amorcée pendant les manœuvres préélectorales de 2009, la bipolarisation de l’opposition s’est confirmée, ces derniers mois, par son regroupement autour de deux principaux blocs. D’une part, la Coalition des partis politiques pour l’alternance (CPPA), qui regroupe l’Union nationale (UN) de Zacharie Myboto et cinq autres partis gravitant autour d’elle, et, d’autre part, l’Alliance pour le changement et la restauration (ACR), constituée de sept partis, autour de l’Union du peuple gabonais (UPG) de Pierre Mamboundou.

Les deux blocs discutent sur les points qui les rapprochent, mais il n’a, contrairement à la rumeur persistante, jamais été question d’une éventuelle fusion. En coulisses, on explique que les négociateurs parlent de « stratégie commune à adopter en vue des législatives de 2011 ». Si le candidat d’un bloc est en situation de l’emporter, l’autre s’abstiendra de lui faire concurrence.

Le temps des promesses

Ce partage du territoire pourrait être fait en fonction des résultats obtenus dans les régions lors de la présidentielle. La CPPA s’engagerait notamment à ne pas faire de concurrence à l’ACR dans la Nyanga, la Ngounié et l’Ogooué-Maritime, qui ont massivement voté Mamboundou.

De son côté, l’UN se réserverait l’Estuaire et les régions du Nord, fiefs respectifs de Jean Eyéghé Ndong et d’André Mba Obame, ainsi que les circonscriptions remportées aux dernières municipales par l’Union gabonaise pour la démocratie et le développement (UGDD), l’ancien parti de Zacharie Myboto.

Au sein des principaux partis, personne ne doute de la victoire des forces de l’opposition aux prochaines législatives. Même si, au sein de l’UPG, le cas Pierre Mamboundou, 64 ans, suscite l’incertitude. Fondateur du parti en 1989, l’opposant classé deuxième à la présidentielle, avec 25,66 % des suffrages, n’est pas apparu en public depuis janvier 2010. Une rumeur persistante le dit malade. Il aurait même séjourné dans un grand hôpital parisien entre juillet et août.

Taboue il y a encore quelques mois, la question de sa succession se pose de plus en plus ouvertement et pourrait fragiliser le parti si son « indisponibilité » devait se prolonger. Pour l’instant, l’UPG, qui compte 7 députés et 91 conseillers municipaux et départementaux, entend bien améliorer son score en 2011.

Quant à l’UN, elle était « vouée à l’échec », selon ses contempteurs. Pour ces derniers, seul le rejet viscéral d’Ali Bongo Ondimba constituerait le ciment de cette entente contre-nature – ce que les principaux intéressés qualifient unanimement de « vision erronée ».

Têtes d’affiche de l’UN

Toujours est-il que, huit mois après sa création et contrairement aux prévisions, l’UN tient toujours la route. Ni les ego dits surdimensionnés de ses ténors ni les vieilles rancunes ou inimitiés ne l’ont fait imploser. Qu’est-ce qui fait donc tenir cet attelage d’anciens dignitaires en rupture de ban ? « C’est l’assurance que, ensemble, ils parviendront un jour à conquérir le pouvoir », soutient un journaliste proche de la coalition. À la vérité, pour éviter le choc des ambitions, dans une logique de partage des bénéfices avant l’heure, chacun des leaders de l’UN a choisi son itinéraire.

À commencer par le député et ancien ministre de l’Intérieur, André Mba Obame, arrivé troisième à la présidentielle, avec 25,33 % des suffrages : secrétaire permanent de l’UN, il est programmé pour être le futur candidat du parti à la prochaine échéance présidentielle. Deuxième grosse pointure, l’ancien Premier ministre Jean Eyéghé Ndong, qui pourrait revenir à la primature en cas de victoire aux législatives de 2011, dans le cadre d’une cohabitation encore inédite au Gabon, mais sérieusement envisagée à l’UN. « Si nous remportons une majorité de sièges, nous mettrons en place une plateforme gouvernementale avec les autres forces », confie-t-il prudemment.

Quant à Zacharie Myboto, en cas de victoire, il se verrait bien briguer le perchoir de l’Assemblée nationale. En réserviste, l’autre ex-Premier ministre, Casimir Oyé Mba, est tout aussi décidé à revenir dans le jeu, en dépit de son échec à reconquérir son siège de député de Ntoum (Estuaire) lors des législatives partielles de juin face à Julien Nkoghé Bekalé, actuel ministre des Mines.

Reste Bruno Ben Moubamba, le très médiatique activiste de 43 ans révélé peu avant la présidentielle et propulsé vice-président de l’UN en février. La trajectoire de celui-ci, résolu à jouer la « carte jeune », pourrait croiser celle de Mba Obame d’ici au prochain scrutin…

Hostilités de bonne guerre

En attendant, les leaders de l’opposition ne ratent aucune grande occasion pour se manifester. Ils ont notamment été reçus par le président français, Nicolas Sarkozy, en visite officielle au Gabon les 24 et 25 février 2010, et par le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, de passage à Libreville en juillet.

Chaque fois, le discours est sans concession. Ils déplorent, notamment, la « faillite » de la démocratie, « l’achat des consciences », la révision « illégale » des listes électorales. Ils exigent, entre autres, l’introduction de la biométrie, la révision du code électoral, le retour du scrutin à deux tours, un accès aux médias publics égal à celui des partis de la majorité…

Au quotidien, les opposants passent au crible l’action du gouvernement. Véhéments, leurs communiqués fustigent « l’amateurisme » de l’équipe dirigée par Paul Biyoghé Mba, et dénoncent le limogeage de tous les hauts cadres de l’administration soupçonnés d’être « proches de l’opposition ».

Le spectre des cavaliers seuls

Mais rien ne garantit que les plans de l’opposition se déroulent comme prévu. Les législatives partielles de juin ont montré que le Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir) est loin d’être mort. Il est d’ailleurs parvenu à attirer dans la majorité plusieurs partis, dont le Rassemblement pour le Gabon (RPG) de Paul Mba Abessole, pourtant ancré dans l’opposition lors de la présidentielle.

Par ailleurs, l’accord négocié entre les blocs ACR et CPPA ne fera pas que des heureux. Même privé de l’investiture de son parti, rien n’empêchera un mécontent de se présenter en indépendant dans une circonscription électorale où, conformément aux accords, sa formation politique aura choisi de ne pas présenter de candidat. Cette pratique, qui a longtemps miné le parti au pouvoir, pourrait bien contrarier les plans de l’opposition.

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte