Médias

Voxafrica, la chaîne qui monte

Londres, 2010. La rédaction de la chaîne réunit une quinzaine de nationalités. © Voxafrica

Imaginée par le financier camerounais Paul Fokam, dirigée par sa fille, Voxafrica se positionne comme un média panafricain généraliste. Diffusée depuis deux ans sur le continent, la chaîne de télévision passe un nouveau cap en arrivant sur le bouquet de Canal+.

Lancée début 2008, la chaîne Voxafrica a installé son quartier général dans la banlieue sud de Londres, à quelques encablures du quartier chic de Chelsea. Au premier étage d’anciens studios de télévision et de cinéma, une vingtaine de journalistes originaires d’Afrique subsaharienne échangent sur l’actualité du jour. Anglais, français, wolof se mêlent dans une atmosphère à la fois studieuse et détendue. « Notre rédaction est à l’image du public de la chaîne. Elle réunit une quinzaine de nationalités », se réjouit Rolande Kammogne, 28 ans, fille du magnat camerounais Paul Fokam et directrice générale de la télévision depuis sa création.

Aujourd’hui, Voxafrica vit la période la plus intense de sa jeune existence. D’abord disponible sur internet, elle est réellement arrivée sur le continent en mai 2008 via le satellite. Diffusée sur des réseaux locaux dans huit pays d’Afrique de l’Ouest, elle peine à s’installer dans le paysage. « Au Cameroun, au Sénégal, au Mali, Voxafrica ne ressort pas dans les classements des 15 meilleures audiences réalisés entre décembre 2009 et avril 2010 », indique Monica Mollon, fondatrice du cabinet Omedia, à Abidjan, spécialisé dans le calcul d’audiences.

La rentrée 2010 devrait marquer un cap majeur dans le décollage de cette start-up audiovisuelle. En septembre, Canal+ a annoncé la reprise du signal sur son bouquet africain Horizon. « Apparaître dans l’offre de Canal+ n’est pas donné à tout le monde. Cela signifie beaucoup, notamment vis-à-vis des annonceurs », assure François Thiellet, patron de l’agence Thema, partenaire de Voxafrica pour la diffusion. Un label qui permettra à la chaîne de revendiquer une audience potentielle de 400 000 foyers parmi les classes moyennes et aisées. Pour asseoir sa crédibilité, la direction de Voxafrica évoque aussi des négociations avec le bouquet sud-africain Multichoice, qui compte plus de 1 million d’abonnés hors d’Afrique du Sud.

Autre événement : l’inauguration, le 4 octobre, d’un nouveau signal destiné au public afro-caribéen résidant en Angleterre. « À la lecture d’une étude marketing, nous avons constaté qu’une grande partie de la diaspora ne regarde pas les chaînes africaines », explique Rolande Kammogne. Grâce à un positionnement centré sur les cultures urbaines, elle espère inverser la tendance. La patronne l’avoue sans détour : le concept Voxafrica est encore en construction. Ainsi, la version adressée à la diaspora de France via les offres triple play de Free, de SFR ou de Bouygues­ pourrait également être aménagée pour séduire la jeunesse d’origine maghrébine. Le pari semble osé tant la différence culturelle est forte entre le Nord et le reste du continent.

Les contours du projet ont changé, mais les fondements restent les mêmes : fabriquer une télévision panafricaine généraliste qui présente le point de vue du continent. « Voxafrica s’adresse à tous les publics de 7 à 77 ans avec des fictions, des talk-shows, des émissions sur la musique et sur le football », explique Rolande Kammogne.

Information et divertissement

Pour réussir, la chaîne mise sur la qualité des contenus proposés. Le traitement de l’actualité a été confié à Erik Nyindu, Belgo-Congolais de 39 ans, ancien présentateur des journaux de TV5, qui, outre l’équipe basée à Londres, peut s’appuyer sur un bureau au Cameroun et 25 correspondants sur le continent. Si les programmes d’information ne sont pas omniprésents, ils n’en demeurent pas moins des rendez-vous importants où la chaîne peut démontrer son originalité en portant un regard africain sur les événements. Voxafrica entend surtout utiliser l’actualité pour promouvoir l’image positive d’un continent en pleine évolution. Avec des productions maison comme Afrobuzz, consacrée à l’actualité musicale, le talk-show Sans rancune et des séries populaires comme la comédie ivoirienne Nafi, la chaîne parie également sur le divertissement.

On l’a compris : l’urgence pour Vox­africa est désormais d’élargir son public. « Ce projet a tout du ticket gagnant sur le long terme, à moins qu’il ne trouve pas assez d’annonceurs », analyse Sylvain Beletre, du cabinet de conseil Balancing Act. En effet, la plupart des agences de communication continuent de jouer la sécurité et octroient les budgets publicitaires qu’elles gèrent aux chaînes les plus importantes, tel Canal+ ou CNN.

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