Politique

Louseny Camara, l’homme qui suscite l’ire de l’UFDG

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Louseny Camara à Conakry le 22 septembre.

Louseny Camara à Conakry le 22 septembre. © Sipa

Le président de la Commission électorale nationale indépendante est devenu un véritable enjeu du second tour de l’élection présidentielle guinéenne. Le parti de Cellou Dalein Diallo l’accuse de soutenir Alpha Condé, et réclame son éviction avant dimanche, sous peine de bloquer le processus électoral.

Il est à la fois au cœur du dispositif et sous le feu des critiques. À quelques jours du second tour, censé se tenir le 24 octobre, Louseny Camara, patron de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), est serein – du moins en apparence. Il répond aux questions sans hésitation, se laissant même aller à quelques éclats de rire. « Réussir ce scrutin est une obsession, explique-t-il. J’ai tout à gagner à organiser un second tour crédible. La polémique qui a suivi mon élection à la présidence de la Ceni est un faux débat ! »

Selon lui, la Commission est fin prête pour assumer sa mission avec succès. Ce Konianké – l’une des ethnies minoritaires du pays – né en 1965 à Macenta (Guinée forestière) se montre indifférent aux accusations portées contre lui. Cellou Dalein Diallo, candidat de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), arrivé en tête du premier tour, le considère comme étant à la solde de son adversaire, Alpha Condé, le leader du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG). Et réclame sa tête.

Assureur syndicaliste

« Je défie quiconque de prouver que j’ai déjà milité au sein d’un parti politique, se défend Camara. Je vais même vous faire une confidence : au premier tour, je n’ai pas voté pour le RPG. » Une affirmation qui ne le dédouane pas pour autant et qui ne change rien au fait que son élection elle-même est jugée illégale par le camp de Diallo. Et par certains membres de la Ceni. Dans une pétition, ils demandent à ce qu’il ne se représente pas dans l’hypothèse où une nouvelle élection serait organisée au sein de la commission. Les signataires (une douzaine à la mi-octobre) veulent, disent-ils, un dirigeant « neutre et crédible ». « J’ai l’habitude des pressions. Et une pétition ne prive personne de ses droits civiques et politiques », répond l’intéressé, qui souligne que la préoccupation de tous – y compris des ambassades étrangères et des institutions internationales – reste la tenue et le bon déroulement du scrutin. Ce qui le conforte dans l’idée qu’il est à sa place.

En 2007, Louseny Camara s’était déjà porté candidat à la présidence de la Ceni. Il n’avait alors recueilli que deux voix sur vingt-cinq. « Les partis politiques ne me connaissaient pas, car je venais du milieu syndical et ils avaient vingt représentants », explique celui qui fut d’abord rapporteur de la commission communication, puis chef du département administration et finances de la Ceni. Et, si aujourd’hui, du côté de Diallo, on met en doute l’engagement syndical de cet assureur, diplômé de la faculté des lettres et sciences humaines de l’université de Conakry (1989), d’autres saluent le rôle qu’il a joué dans l’élaboration, puis la signature, en 1995, de la Convention collective des banques et assurances, ainsi que son soutien à Ibrahima Fofana, une icône du mouvement syndical décédé accidentellement en avril dernier et qui avait été avec Rabiatou Serah Diallo, l’actuelle présidente du Conseil national de transition, le fer de lance des contestations sociales de janvier-février 2007.

Impatients d’élire enfin leur chef de l’État, nombre de citoyens se désintéressent de la question du maintien de Camara à la tête de la Ceni. « C’est du bruit pour rien. Chacun de nous sait pour qui il va voter. Qu’on aille aux élections, c’est tout ! » lance un habitant de Conakry.

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