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Cet article est issu du dossier «Mali : en route pour 2012»

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Politique

En attendant 2012, la fin de la décennie ATT

Élu en mai 2002, le chef de l'État achèvera son second et dernier mandat en 2012.

Élu en mai 2002, le chef de l'État achèvera son second et dernier mandat en 2012. © D.R.

Dynamisme économique, chantiers tous azimuts, progrès sociaux et sanitaires, respect de la démocratie… Le bilan d’Amadou Toumani Touré est plutôt positif. Même ses détracteurs le concèdent. Parmi les derniers défis d’ATT avant 2012 qui clôturera une décennie à la tête du Mali : réorganiser les institutions et faire adopter un code de la personne et de la famille.

Cité comme modèle de démocratie dans la sous-région et sur le continent, le Mali a transformé son capital sympathie en admiration grâce à ses progrès économiques et sociaux. Cette mutation est le fait du président Amadou Toumani Touré, ATT pour ses compatriotes. Nul opposant, même parmi ses adversaires les plus tenaces, ne saurait contester les bienfaits de ses choix politiques (consensus et dialogue permanent) et de sa stratégie de développement.

Rival malheureux du chef de l’État en 2002 et en 2007, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), ancien Premier ministre d’Alpha Oumar Konaré et patron du Rassemblement pour le Mali (RPM, troisième force politique du pays), le concède volontiers. « Les avancées enregistrées par notre pays sont indéniables, dit-il, et notre satisfaction est double. D’une part, nous sommes heureux pour le Mali. D’autre part, si le mérite en revient au président de la République, notre décision de l’accompagner durant ses deux mandats nous gratifie d’une part de responsabilité dans l’œuvre accomplie. » De bonne guerre…

Un pragmatisme payant

Les performances d’ATT sont d’autant plus méritoires qu’elles ont été réalisées dans une conjoncture internationale des plus défavorables. Trois mois après son investiture, le 8 juin 2002, une crise durable frappe de plein fouet la Côte d’Ivoire et le port d’Abidjan, par où transitent plus de 80 % des échanges extérieurs du Mali. Jamais le pays n’a paru aussi enclavé. Les recettes douanières, principal pourvoyeur du Trésor public, chutent de manière vertigineuse, le coût des importations s’envole et les produits maliens à l’export sont de moins en moins compétitifs.

Mais à quelque chose malheur est bon. ATT lance alors un ambitieux programme d’infrastructures routières. Huit ans et 800 milliards de F  CFA (plus de 1,2 milliard d’euros) plus tard, Bamako se trouve relié par voie terrestre aux quatre autres ports en eau profonde d’Afrique de l’Ouest : Dakar, au Sénégal (par voie ferroviaire, à la suite de la réhabilitation du Transrail) ; Lomé, au Togo ; Cotonou, au Bénin ; et Takoradi, au Ghana.

Le marché malien a atteint un tel seuil de rentabilité que les administrations de ces différents ports ont jugé utile d’ouvrir des représentations commerciales à Bamako. Mieux : la concurrence féroce qu’elles se livrent pour arracher plus de parts de marché s’affiche sur les panneaux publicitaires le long des boulevards et avenues de la capitale malienne.

La crise ivoirienne ne sera pas le seul obstacle pour le président Touré. Il lui faudra aussi affronter l’envolée des cours pétroliers, couplée à un effondrement des prix du coton (premier poste de recettes en devises avec près de 400 000 tonnes exportées en 2003), et, depuis 2007, la crise financière internationale, sévèrement accentuée par un euro fort (sur lequel est indexé le franc CFA) qui pénalise les exportations et atténue les performances minières du pays, notamment la production aurifère.

Le problème salafiste

À la complexité de la conjoncture économique internationale se sont additionnés des obstacles internes : une réapparition de l’irrédentisme touareg, sous la forme d’une rébellion armée, en 2006, et une sérieuse menace salafiste depuis qu’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) a jeté son dévolu sur le septentrion malien pour y installer un Tora Bora dans le Sahel. Au grand dam de la classe politique, qui a appelé à la solution militaire pour éradiquer la rébellion touarègue, ATT a privilégié la voie du dialogue en obtenant une médiation algérienne avec le succès que l’on sait.

Quant au problème salafiste, il s’agit d’un phénomène transnational qui mérite une réponse régionale, voire internationale, et dépasse les capacités du seul État malien. ATT (et, cela aussi, nul ne pourra le contester) fut le premier à tirer la sonnette d’alarme en appelant, dès septembre 2007, à la tenue d’un sommet régional sur la question. En vain.

« Malgré toutes ces difficultés, explique le Premier ministre, Modibo Sidibé, le Mali est le seul pays de la région à satisfaire aux critères de convergence de l’Union économique et monétaire ouest-africaine [UEMOA]. Ce résultat est le fruit d’un habile dosage entre la prudence d’une gestion des grands équilibres financiers et la témérité d’une stratégie d’investissements publics dans les infrastructures de base et l’amélioration du climat des affaires. »

Et nul n’en voudra à ATT d’avoir promis dans son Programme de développement économique et social (PDES, plan quinquennal qui lui a servi d’argument électoral en 2007) une croissance économique annuelle de 7 %, alors que le PIB ne devrait croître que de quelque 5 % en 2010, contre 4,4 % en 2009. D’ailleurs, malgré les difficultés citées plus haut, la croissance enregistrée par le Mali est la plus forte des quinze pays membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao).

« La grâce du développement »

À moins de dix-huit mois de la fin de son second et dernier mandat, le président Touré pourrait s’endormir sur ses lauriers après les travaux accomplis. Il y a bien sûr la transformation de Bamako en capitale moderne, avec ses larges avenues, ses centres commerciaux, sa nouvelle cité administrative, son parc d’attractions et de loisirs, l’élargissement de son réseau de distribution d’eau potable et d’évacuation des eaux usées…

La « grâce du développement », comme le formule Choguel Maïga, président du Mouvement patriotique pour le renouveau (MPR, se réclamant de Moussa Traoré, renversé par ATT en mars 1991), touche, outre le district de Bamako, les huit régions du pays.

De la sablonneuse Nioro du Sahel à la populeuse Sikasso, de Ménaka à Kéniéba, aucune partie de l’immense Mali (plus de deux fois la superficie de la France) n’a été oubliée par l’opération développement tous azimuts. Les chantiers sont partout, et même les ruraux ont pris l’habitude de se mouvoir au milieu de gros engins de travaux publics. Les capacités de production énergétique ont été triplées, passant de 200 à 600 mégawatts, le taux d’électrification est passé de 21 % en 2002 à 28 % en 2010.

Les villages les plus reculés sont aujourd’hui desservis par des routes bitumées, pour les plus chanceux, ou par des pistes en latérite. Du coup, la production agricole, dynamisée par un nouveau cadre juridique, accède bien plus facilement aux milliers de marchés du pays, où elle s’écoule grâce à des circuits de commercialisation devenus fluides.

Révision constitutionnelle pour la bonne cause

Mais ces performances économiques semblent insuffisantes aux yeux d’ATT et face à son ambition pour le pays. Son credo, pour le temps qu’il lui reste à passer au palais de Koulouba, est de « consolider le socle démocratique pour mieux asseoir le développement économique ». Ainsi, il a chargé Daba Diawara, ancien ministre de la Fonction publique, de piloter le Comité d’appui aux réformes institutionnelles (Cari), avec pour objectif de dépoussiérer les textes fondamentaux, dont la Constitution de février 1992.

Pas question de revoir son article 30, qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels et l’empêche de se représenter en 2012. En revanche, la pyramide institutionnelle devrait être revue, avec l’introduction d’une chambre haute (Sénat) au sein du Parlement, la création d’une Cour des comptes afin de rationaliser la dépense publique, et une meilleure répartition des compétences et attributions entre l’exécutif, le législatif et le judiciaire.

Autre défi inscrit à l’agenda politique de 2011 : le code de la personne et de la famille – adopté l’an dernier, mais resté non promulgué compte tenu du tollé et des nombreuses manifestations qu’il avait provoqués. La confrontation entre modernistes et conservateurs autour de ce projet de loi aurait pu amener ATT à passer la patate chaude à son successeur. Mais cela ne lui ressemble pas. *

« Je mènerai à son terme cette bataille, car il y va de l’avenir du Mali », affirme-t-il sur un ton déterminé. ATT va donc quitter Koulouba en laissant au pays de nombreuses réalisations économiques, certes. Il devra aussi lui faire adopter une nouvelle Constitution et un code de la personne et de la famille.

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