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Cet article est issu du dossier «Mali : en route pour 2012»

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Politique

Incontournables et présidentiables

Pour succéder au président Amadou Toumani Touré, les candidats ne manquent pas. © AFP

Quelques poids lourds charismatiques ont déjà annoncé qu’ils seraient en lice pour la présidentielle de 2012, d’autres s’y préparent discrètement. En tout cas, candidats ou non, ils se distinguent pour deux raisons : ils sont incontournables dans la scène politique et tous présidentiables.

SOUMANA SACKO


Ancien Premier ministre.
© D.R.

 

L’incorruptible

Dans l’imaginaire des Maliens, Soumana Sacko reste l’incorruptible ministre des Finances des années Moussa Traoré. Premier ministre de la transition de 1991 à 1992, avec pour bilan l’organisation de la conférence nationale et des premières élections pluralistes, cet économiste de 61 ans formé aux États-Unis est mal connu des jeunes. D’autant qu’il a passé huit ans au Zimbabwe, en tant que secrétaire exécutif de la Fondation pour le renforcement des capacités en Afrique. De retour au pays depuis 2008, il essaie de gommer ce handicap en allant à la rencontre de la jeunesse. Il lui manque cependant un ancrage et une véritable tribune politiques. Même si on le sait proche d’Amadou Toumani Touré, le fait qu’il se soit récemment opposé au projet de réforme constitutionnelle proposé par le président risque fort de lui coûter un appui indispensable. Pour le moment, il compte sur des comités de soutien, avec comme plus fervent partisan Habib Dembélé, dit Guimba, comédien populaire et candidat « pour rire » à la présidentielle de 2002.

 

HAMED SOW


Président d’honneur du Parti pour le développement économique et la solidarité (PDES), président d’Africa Mining and Infrastructures Corporation (Amic).
© WWW.AMIC-INVEST.COM

L’ami du président

Hamed Sow fait partie des incertitudes de 2012. Sorti indemne de l’enquête administrative sur sa gestion du Centre pour le développement de l’entreprise (CDE-Bruxelles, une institution de l’Union européenne), dont il a été le directeur, il démissionne du gouvernement fin 2008 pour prendre la tête d’Amic, une structure associée à d’importants fonds d’investissement. Diplômé de l’Institut national des sciences et techniques nucléaires de Saclay, et titulaire d’un doctorat en économie de la production de l’université Paris-Dauphine, à 58 ans, Hamed Sow est apprécié de l’élite et des jeunes, qui louent sa compétence et son sérieux.

Son image est également liée à celle du Parti pour le développement économique et la solidarité (PDES), la formation présidentielle créée en juillet, dont il est le président d’honneur. Il est également le principal auteur du projet sur lequel ATT s’est fait réélire en 2007. Si la tentation lui venait d’être candidat en 2012, il jouirait d’un important atout, sa grande proximité avec ATT. C’est aussi une faiblesse, car il ne fera rien sans l’aval du président.

 

IBK


Président du Rassemblement pour le Mali (RPM), ancien Premier ministre.
© ÉMILIE RÉGNIER POUR J.A.

Jamais deux sans trois

Ibrahim Boubacar Keïta, alias IBK, deux fois candidats à la présidentielle, en 2002 et 2007, tentera sans doute de nouveau sa chance en 2012. Ministre des Affaires étrangères, puis Premier ministre (1994-2000) et président de l’Assemblée nationale (2002-2007), il est très populaire auprès des Maliens, qui lui reconnaissent une autorité naturelle et un sens de l’Etat indiscutable.

À 65 ans, bien qu’à la tête d’un parti affaibli, le RPM, fondé en 2001 et troisième sur l’échiquier politique national, IBK apparaît comme le chef de file de l’opposition et marque sa différence, tout en prenant soin de ménager le chef de l’Etat sur les questions de politique étrangère et en cultivant ses réseaux internationaux. Seul grand candidat potentiel à pouvoir dès à présent afficher son ambition présidentielle, IBK pousse son avantage en évoquant les problèmes de l’école et la nécessaire restauration de l’autorité de l’Etat. Sa victoire en 2012 passerait, entre autres, par le ralliement de représentants d’une nouvelle génération qui verraient en lui un passeur capable de les préparer pour le futur.

 

SOUMAÏLA CISSÉ


Président de la Commission de l’UEMOA.
© VINCENT FOURNIER/J.A.

Un international en réserve

Basé à Ouagadougou, au Burkina Faso, où il dirige la Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) depuis 2004, Soumaïla Cissé rentrera au Mali en mars 2011, à l’issue de son second mandat. Soit un an exactement avant la présidentielle. Nul doute que l’enfant de Niafunké (région de Tombouctou) sera sur la ligne de départ, lui qui a pris une tout autre dimension depuis sa défaite au second tour, en 2002, face à Amadou Toumani Touré.

Cet ingénieur informaticien a quitté l’Alliance pour la démocratie au Mali (Adema) en 2003 pour créer, avec d’autres transfuges, l’Union pour la République et la démocratie (URD) – un parti, présidé par l’ancien Premier ministre Younoussi Touré, désormais présent sur tout le territoire et devenu la deuxième force politique du pays avec 34 députés. Loin de l’exclure de la scène politique malienne, son éloignement au Burkina Faso, où il côtoie les chefs d’État de la sous-région et travaille avec les bailleurs de fonds, a permis à Soumaïla Cissé de renforcer sa stature internationale. Secrétaire général de la présidence, ministre des Finances, puis de l’Équipement entre 1992 et 2002, il a su cultiver une image de gestionnaire rigoureux et compétent, et est apprécié des milieux d’affaires. À 61 ans, fort d’un parti en ordre de marche, le challenge pour Soumaïla Cissé est de rendre palpable et concrète son action à la tête de l’UEMOA aux yeux de ses compatriotes. Pour se rapprocher d’eux.

 

MODIBO SIDIBÉ


Actuel Premier ministre.
© ÉMILIE RÉGNIER POUR J.A.

Monsieur loyal

Sur le papier, Modibo Sidibé a tous les atouts pour figurer en bonne position dans la campagne de 2012. Premier ministre depuis septembre 2007, il a derrière lui une longue carrière au sein du gouvernement. D’abord directeur de cabinet d’Amadou Toumani Touré (ATT) pendant la transition, entre 1991 et 1992, il fut ensuite ministre de la Santé puis ministre des Affaires étrangères sous le président Alpha Oumar Konaré, avant d’être nommé secrétaire général de la présidence par ATT, élu en 2002.

Cette longévité à des postes clés de l’appareil d’État a permis à Modibo Sidibé, 58 ans, de prouver ses qualités de travailleur rigoureux et discret, mais aussi sa loyauté envers les présidents qu’il a servis. Docteur en sciences pénales et criminologie, également diplômé de l’École nationale de police du Mali, le Premier ministre, prisonnier de sa fonction, n’affiche pas ouvertement d’ambition présidentielle. Sans doute est-il dans l’attente d’un signal du président ? Dans ce cas, il devra trouver un point de chute au sein d’un parti politique, par exemple l’Alliance pour la démocratie au Mali (Adema), qui n’a pas de leader incontesté. L’ancien président Konaré, qui est issu du parti majoritaire, pourrait l’appuyer en ce sens. D’ici là, Modibo Sidibé devra casser son image de technocrate pour gagner en popularité et faire face aux déçus d’ATT, qui ne manqueront pas de le rendre responsable de tous leurs maux.

 

CHEICK MODIBO DIARRA


Président du Rassemblement pour le développement du Mali (RDM), président de Microsoft Afrique.
© CHRISTOPHE LARTIGE/SIPA

L’étoile du Mali

Son ancien poste de navigateur interplanétaire à la Nasa a fait de lui une icône africaine. À 58 ans, Cheick Modibo Diarra veut revenir sur la scène malienne. Le 19 septembre, ce natif de Ségou a créé son parti, le RDM, et ses déclarations laissent peu de doutes : il sera candidat en 2012. Gendre de l’ancien président Moussa Traoré, il n’est pas sûr de bénéficier du soutien de tout le clan, puisque l’un des fils du général, Boucadry Traoré, a aussi annoncé sa candidature. Quant à son frère, Sidi Sosso Diarra, le Monsieur Anticorruption du pays, il quittera son poste de vérificateur général en 2011 et pourrait lui apporter un appui majeur.

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