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Cet article est issu du dossier «Mali : en route pour 2012»

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Agriculture : les investissements gagnent du terrain

| Par Jeune Afrique
Zones agricoles irriguées, sur les rives du Niger, près de Tombouctou.

Zones agricoles irriguées, sur les rives du Niger, près de Tombouctou. © BERNARD FOUBERT/AFP

Portée par un nouveau cadre juridique et par les leçons tirées de la crise alimentaire de 2008, la production décolle grace aux investissements. Les filières s’organisent. Et s’industrialisent timidement.

Le rêve d’Amadou Toumani Touré de « faire du Mali une puissance agricole » est-il en train de se réaliser ? En tout cas, l’État a décidé de mettre les moyens pour développer le secteur, qui contribue à 36 % du produit intérieur brut (PIB) et occupe environ 80 % de la population active. La politique mise en œuvre, qui vise notamment à atteindre une production de 10 millions de tonnes de céréales en 2012 et à créer des filières agro-industrielles, a contribué à faire venir les investisseurs, nationaux comme étrangers, attirés par le cadre institutionnel et la disponibilité des terres.

Le vote de la loi d’orientation agricole, en 2005, a été le point de départ de la modernisation de l’agriculture, à travers des programmes d’aménagements hydrauliques, une mécanisation accrue et la promotion de filières porteuses.

En 2008, la crise alimentaire et son corollaire, la hausse des prix, ont donné un coup d’accélérateur à cette stratégie. En effet, la réponse du gouvernement malien pour assurer la sécurité alimentaire a été l’« Initiative riz » : même si elle n’a eu aucun impact sur les prix, cette dernière, à travers la subvention des intrants et des engrais pour 34 milliards de F CFA (52 millions d’euros), a permis une augmentation de la production de 50 %, à 1,6 million de t.

Euphorie céréalière le long du Niger

Pour mener à bien ses ambitions agricoles, l’État malien dispose d’un outil de premier ordre : l’Office du Niger. Créé en 1932 par le colon français pour mettre en valeur les 5 millions d’hectares de terres potentiellement arables grâce au delta du Niger, l’organisme, dirigé par Kassoum Denon, n’affiche aujourd’hui que 98 000 ha irrigués. Cependant, d’importants investisseurs se bousculent à son portillon, au premier rang desquels la Libye, qui, à travers la société Malibya Agriculture, aménage 100 000 ha, en collaboration avec le Centre national chinois du riz hybride.

Le groupe malien Tomota, appuyé par des techniciens indiens, produit déjà des oléagineux (tournesol) sur une zone de 2 000 ha, avec la possibilité de s’étendre sur 140 000 ha. Quant au Grand Distributeur céréalier du Mali (GDCM), il occupe 7 400 ha pour produire du blé afin d’alimenter son moulin et de faire de l’élevage.

L’État a par ailleurs signé d’autres conventions, avec Sosumar et Sukala pour le sucre, ainsi qu’avec le Millenium Challenge Account (MCA), l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et la Communauté des États sahélo-sahariens (Cen-Sad) pour une superficie totale de 193 000 ha.

Accompagnée par une mécanisation de l’agriculture et une bonne pluviométrie, la politique du gouvernement a contribué à atteindre une production céréalière de 7,5 millions de t pour la campagne 2010-2011 (en hausse de 23 %), qui couvre entièrement les besoins du pays, avec un excédent de plus de 3 millions de t.

Transformation à petits pas

Les fruits et légumes ne sont pas en reste. Avec un potentiel de 200 000 t, les exportations de mangues sont passées de 1 000 t en 2005 à environ 12 000 t en 2009, grâce à la mise en place dans la région de Sikasso (Sud) du Périmètre logistique en zone agricole (Plaza), incluant une unité de traitement et de conditionnement qui emploie 200 personnes. Mais pour cette filière, comme pour celles de la tomate (64 000 t), de la pomme de terre (95 000 t), de l’oignon (260 000 t) ou encore de l’échalote (100 000 t), le principal défi réside dans la transformation.

La Comafruit, créée en 2009 par des investisseurs maliens et français, devrait montrer l’exemple : elle prévoit de produire 5 000 t de purée de mangue dès 2011 et 20 000 t à terme, « qui seront utilisées dans la fabrication de sorbets ou diluées à 30 % pour faire des jus de fruits », explique son directeur général, Lamine Ba.

Quant au coton, autrefois première source de devises du Mali, il connaît un regain d’intérêt du fait de la hausse des cours mondiaux. La production devrait dépasser 300 000 t en 2010, contre environ 200 000 t les deux années précédentes, ce qui va sans doute accélérer la privatisation de la Compagnie malienne de développement des textiles (CMDT) et favoriser la transformation sur place, qui ne dépasse guère 2 % de la production.

L’élevage, lui, reste le parent pauvre du secteur agro-industriel malien. Malgré plus de 32 millions de têtes de bétail (bovins, camelins, caprins, ovins), qui en font le premier cheptel d’Afrique de l’Ouest et le troisième secteur d’exportation, aucune initiative d’envergure n’a encore été prise par le gouvernement ou les opérateurs privés pour favoriser son industrialisation.

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