Elections

Présidentielle : comment Siaka Sangaré s’est imposé à la tête de la Ceni

Siaka Toumani Sangaré, le nouveau président de la Ceni, à Conakry, le 20 octobre. © Idrissa Soumare-APA

Sa proposition d'organiser le second tour de l'élection présidentielle le 31 octobre est contestée par le camp de Cellou Dalein Diallo. Pourtant, ce candidat n'était pas le plus difficle à convaincre quant au choix porté sur le Malien Siaka Sangaré pour présider la Ceni guinéenne. Une décision pour laquelle des leaders de plusieurs pays ont été consultés...

Les Guinéens seraient bien inspirés d’accepter ce léger coup de canif à la souveraineté nationale. Car la nomination, le 19 octobre, du général malien Siaka Toumani Sangaré, 55 ans, à la tête de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) avait un air d’opération de la dernière chance pour sauver un processus électoral qui n’en finissait plus de s’enliser. Après deux journées d’émeutes à Conakry, les 18 et 19 octobre, la situation devenait si explosive que cette nomination a été précipitée.

Solution régionale

Le médiateur Blaise Compaoré à Ouagadougou, le facilitateur Abdou Diouf à Paris et le président intérimaire Sékouba Konaté à Conakry n’ont hésité que quelques heures. Côté français, Bernard Kouchner, le ministre des Affaires étrangères, qui suit de très près les affaires guinéennes depuis le massacre du 28 septembre 2009, avait soufflé le nom de l’ancien président finlandais Martti Ahtisaari, un diplomate chevronné qui a fait ses preuves notamment dans le conflit du Kosovo. C’est Konaté qui a proposé le nom de Sangaré. « C’était le meilleur choix. Expert électoral reconnu, il était déjà assistant technique auprès de la Ceni. Il a effectué de nombreuses missions pour le compte de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) dans différents pays. Il sera respecté et écouté », explique un proche collaborateur d’Abdou Diouf, rencontré à Montreux (Suisse) à l’occasion du sommet de la Francophonie. « La concertation a été permanente entre Diouf, Compaoré et Konaté qui ont obtenu l’accord d’Amadou Toumani Touré », précise-t-il. Objectif : remettre la Ceni en état de marche pour organiser dans les meilleurs délais le second tour du scrutin présidentiel et limiter les risques de contestation après l’annonce des résultats.

Depuis la désignation, en septembre, du syndicaliste Louseny Camara à la présidence de la Ceni, on n’en prenait pas le chemin, le camp de Cellou Dalein Diallo (arrivé en tête du premier tour avec 43 % des voix) l’accusant d’être à la solde de son adversaire, Alpha Condé (18 %).

Une situation inextricable qui a conduit Blaise Compaoré à opter pour cette solution audacieuse mais salutaire, extérieure mais régionale. Encore fallait-il convaincre les protagonistes guinéens. Cellou Dalein Diallo a rapidement approuvé ce scénario. « Je me réjouis de cette nomination et félicite le général Sékouba Konaté de cette décision qui nous permet d’aller aux élections dans des conditions acceptables », a-t-il déclaré. Compaoré et Konaté ont en revanche dû se montrer plus persuasifs vis-à-vis d’Alpha Condé.

Professionnel

« Je suis à pied d’œuvre et prêt à remplir cette nouvelle mission », nous a assuré le général Sangaré. Sa feuille de route est connue : verrouiller l’organisation du scrutin et inspirer confiance pour faire accepter le verdict des urnes.

Après ses très nombreuses interventions en RD Congo (lancement du processus électoral en 2004), en Haïti (présidentielle de 2006), au Bénin (présidentielle de 2006 et municipales de 2008), au Togo (législatives de 2007 et présidentielle de 2010), en Mauritanie (depuis 2005), ce militaire de carrière, par ailleurs délégué général aux élections dans son pays, a le profil requis. « Les élections sont une affaire de professionnels », expliquait-il à Cotonou, il y a deux ans, lors du gigantesque cafouillage du scrutin municipal. Sangaré est un professionnel.

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