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Cet article est issu du dossier «50 ans, 50 lecteurs, 50 regards sur J.A.»

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Société

Amin Maalouf et J.A. …

Amin Maalouf. © AFP

Écrivain. Son dernier livre, Le Dérèglement du monde, sortira en poche le 10 novembre 61 ans, lit Jeune Afrique depuis 1968

C’est dans les semaines qui ont suivi mon arrivée en France, au cours de l’été 1976, que j’ai pris contact avec Jeune Afrique. J’avais quitté par bateau un Liban en guerre, ma femme et mes trois enfants allaient me rejoindre deux mois plus tard, et, dans l’attente de leur venue, je me devais d’assurer l’essentiel, à savoir un logement et un emploi.

Je n’avais pas choisi Jeune Afrique par hasard. Je lisais déjà le journal et je savais que les thèmes qu’il abordait correspondaient à mes propres centres d’intérêt. Peu de journaux en France consacraient une telle place aux événements internationaux ; et aucun, bien entendu, n’accordait une telle place à l’Afrique, pour laquelle j’avais une passion, et où je m’étais rendu plusieurs fois en reportage au cours des années précédentes – notamment en Éthiopie.

Une lettre manuscrite à Béchir Ben Yahmed, un entretien dans les locaux du groupe, avenue des Ternes, et j’étais engagé. J’étais forcément heureux d’avoir trouvé si vite un emploi dans le domaine qui était le mien. Mais le journal allait m’apporter bien plus qu’une opportunité professionnelle.

Des années que j’y ai passées, je garde mille souvenirs – des plus émouvants aux plus cocasses. Mais il y a un aspect de cette expérience qui m’apparaît de plus en plus clairement avec le passage des ans : Jeune Afrique a adouci pour moi les rigueurs de l’exil. Du jour au lendemain, je m’étais retrouvé au sein d’une équipe où se côtoyaient Français, Guinéens, Malgaches, Tunisiens, Algériens, Marocains, Maliens, Italiens ou Argentins, les uns chrétiens, les autres musulmans ou juifs, parfois croyants, parfois athées ou agnostiques. J’étais pleinement en France, mais dans une France où je ne me sentais nullement étranger. J’avais atterri, à mon insu, et pour ma chance, dans un îlot véritablement républicain où les différences de nationalités, de couleurs, de croyances étaient instantanément abolies.

Jeune Afrique n’avait pas l’ambition d’être un lieu d’intégration. Mais, pour moi, il l’a été. Aujourd’hui, je considère comme un privilège d’être entré en France par cette porte-là. 

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