Société
50 ans, 50 lecteurs, 50 regards sur J.A.

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Boubacar Sow et J.A. …

Conseiller en santé et sécurité (projet Simandou-Rio Tinto) 36 ans, contemple Jeune Afrique depuis l’âge de 6 ans

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Mis à jour le 17 novembre 2010 à 18:16

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Côte d’Ivoire, début des années 1980. Mon père, comme beaucoup de Guinéens fuyant le régime de Sékou Touré, s’était installé à Danané, où il tenait une petite boutique d’alimentation. Ma mère, mes sœurs et moi l’y avions rejoint en 1978, je devais avoir 4 ans. À l’école, il y avait un instituteur qui lisait Fraternité Matin et d’autres journaux. Lorsqu’il en avait accumulé un certain nombre, il se débarrassait des plus vieux numéros en les revendant à mon père, analphabète, qui à son tour les utilisait comme papier d’emballage.

J’assistais parfois mon père dans la boutique et, un jour, je trouvai, parmi une pile de journaux destinés à être déchirés, un magazine avec de belles images. C’était Jeune Afrique. Il me tapa dans l’œil, j’en tombai aussitôt amoureux. À compter de ce jour-là, chaque fois que nous recevions une pile de vieux journaux, je recherchais l’unique « papier » qui m’intéressait. C’est ainsi que j’ai commencé à flirter avec J.A. À l’époque, je ne le lisais pas ; je me contentais de contempler sa belle couverture haute en couleur et l’intérieur tapissé d’images qui illustraient des textes dont la teneur m’importait peu. J’avais de l’admiration pour ce bel « album photos ».

Plus tard, en 1984, lorsque Sékou Touré est décédé, j’ai appris que parmi les talentueux journalistes de J.A. figurait en bonne place un certain Siradiou Diallo, symbole de l’exode de l’intelligentsia guinéenne, et j’ai été pour la première fois fier d’être un Guinéen, perdu au milieu de nulle part en Côte d’Ivoire. Aujourd’hui encore, je me sens proche de ce magazine auquel je suis resté fidèle. Non, c’est plutôt J.A. qui nous est resté fidèle, à moi et à l’Afrique.