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Algérie : détours vers le futur

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Finances publiques : des lendemains sans risques ?

Dépenses d’équipement en hausse, revalorisation des salaires, satisfaction des besoins sociaux… Le tout sans endettement extérieur. Mais comment fait l’État pour financer l’avenir du pays ? Décryptage des comptes algériens.

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Mis à jour le 11 novembre 2010 à 17:03

Pour financer les ambitions qu’il nourrit pour son pays, le président Abdelaziz Bouteflika exclut tout recours à l’endettement extérieur. Si bien que, comme pour le plan de soutien à la croissance (2001-2004, avec une enveloppe financière de 90 milliards de dollars) ou pour celui de sa consolidation (2005-2009, avec des engagements de l’ordre de 150 milliards de dollars), le programme quinquennal 2010-2014 et ses 286 milliards de dollars d’investissements (environ 205 milliards d’euros) seront financés exclusivement par le Trésor public. Explications.

Un budget qui explose

Les programmes d’investissements successifs ont entraîné une explosion des dépenses d’équipement, accompagnée d’une forte augmentation du budget de fonctionnement, avec la politique de revalorisation salariale et de recrutement à tour de bras dans la fonction publique : les salaires des enseignants des trois cycles ont augmenté en moyenne de 50 % en quelques années, les effectifs de police et de gendarmerie ont gonflé de près de 80 % depuis cinq ans, de nouvelles infrastructures de santé (une vingtaine d’hôpitaux et une centaine de polycliniques) ont créé des milliers de nouveaux postes dans le paramédical… Bref : la masse salariale a quasiment triplé en moins de dix ans.

Comment est-il possible de concilier une telle politique de fortes dépenses publiques avec la satisfaction – même si elle demeure relative – des revendications sociales ? « Il n’y a aucune improvisation, assure Karim Djoudi, ministre des Finances. Le programme quinquennal a été élaboré à la suite d’une série de simulations qui nous ont permis, dans un premier temps, d’évaluer nos capacités de financement.

Une seconde étape a consisté en la hiérarchisation des priorités. Les enseignements tirés des deux premiers programmes nous ont permis de rectifier le tir et de prendre des mesures afin de rationaliser la dépense publique. » Tout cela semble cohérent, mais ne répond pas à la question suivante : comment le gouvernement algérien fait-il pour se passer des marchés financiers internationaux malgré toutes ces dépenses ?

Un déficit surprenant

Depuis 2008, année de l’introduction de la nouvelle logique économique, la lecture de la loi de finances est devenue particulièrement intéressante. Celle de 2011 ne déroge pas à la règle. En présentant, le 8 octobre, le projet devant la commission Finances de l’Assemblée populaire nationale (APN, Chambre basse du Parlement), Karim Djoudi a annoncé un budget en déficit… de près de 28 % du produit intérieur brut (PIB).

Pour moitié moins, l’économie grecque s’est effondrée, et avec un déficit de 8 % en France, le gouvernement de François Fillon en est à souhaiter que les cabinets de notation ne privent pas le pays du triple A. En Algérie, cela n’a pas semblé émouvoir les députés. Quant à la presse locale, elle n’a même pas relevé l’énormité du chiffre. Pourquoi ?

L’aide de la manne pétrolière et de la fiscalité

Les autorités monétaires algériennes ont toujours fait preuve d’une prudence excessive. Ainsi, le budget de l’État est calculé sur la base d’un baril de pétrole à 37 dollars. Or, sur les neuf premiers mois de l’exercice 2010, le prix du panier Opep (proche du prix de cession du Sahara Blend, nom barbare du pétrole algérien) a tourné autour de 74 dollars, soit le double de ce qui a été prévu par la loi de finances. Les revenus excédentaires sont suffisants pour couvrir les déficits budgétaires et réalimenter le Fonds de régulation des recettes, sollicité pour financer certains grands chantiers.

 Autre élément qui explique le peu de craintes que soulève l’annonce des déficits en Algérie : la croissance de la fiscalité ordinaire, c’est-à-dire non pétrolière. La prudence des rédacteurs de la loi de finances leur dicte de prévoir une croissance de cette fiscalité à 5 %, alors que sur les quatre derniers exercices, la fiscalité non pétrolière a connu une croissance annuelle de 20 %. Conséquence : la part de la fiscalité pétrolière dans les recettes du Trésor public est tombée de 60 % à 45 %.

« Peu d’Algériens le savent, analyse fièrement Karim Djoudi, mais nous avons assisté ces dernières années à un bouleversement dans la constitution de notre PIB. Au début des années 2000, il était constitué à hauteur de 70 % par les hydrocarbures et de 30 % pour le reste. Aujourd’hui, ces chiffres ont été inversés. La richesse nationale est désormais à 70 % hors hydrocarbures. » C’est ce qui explique sans doute les certitudes d’Abdelaziz Bouteflika et sa ferme résolution de tourner le dos aux marchés financiers.