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Algérie : détours vers le futur

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L’impossible désintoxication pétrolière

Mis à jour le 11 novembre 2010 à 17:10

Le patriotisme économique cher à l’État algérien induit une dépendance pétrolière pour remplir les caisses publiques.

Au premier abord, l’Algérie est florissante. Les recettes en provenance du pétrole lui ont permis de se constituer un formidable bas de laine de 150 milliards de dollars (plus de 100 milliards d’euros). Le gouvernement utilise son épargne budgétaire (43 % du PIB) pour construire à tour de bras des routes, des voies ferrées, des logements et des barrages dont il attend qu’ils entraînent un décollage économique comparable à celui des dragons d’Asie et qui assure la paix sociale et politique. Le discours stratégique est impeccable.

À y regarder de plus près, pour l’instant, point de décollage à l’horizon. En 2011, selon les chiffres du Fonds monétaire international (FMI), l’Algérie connaîtra une croissance inférieure (+ 4 %) à celle de ses voisins marocain (+ 4,3 %) et tunisien (+ 4,8 %), pourtant bien moins avantagés par leur sous-sol. Près d’un jeune Algérien sur quatre sera toujours sans travail.

Défiance

La cause de cette contre-­performance annoncée tient à la défiance inavouée des dirigeants algériens à l’égard de l’entreprise privée en général, et des entreprises étrangères en particulier, comme le prouvent trois des mesures de la loi de finances complémentaire de l’été 2009.

Tout d’abord, la suppression des crédits aux ménages, à l’exception du crédit immobilier, freine les banques privées dans leur volonté de diversifier leurs activités.

Ensuite, l’obligation pour un investisseur étranger de laisser la majorité du capital à une société algérienne ne profite qu’aux entreprises publiques, car le secteur privé n’a pas les moyens financiers requis. Problème : les investisseurs détestent ce compagnonnage avec des entreprises publiques, en général mal gérées et dépendantes des foucades et des luttes de clans parfois en vigueur à Alger.

Enfin, l’incompréhensible obligation faite aux investisseurs étrangers d’équilibrer les sorties et les entrées de fonds nécessitées par le fonction­nement de leurs filiales algériennes a aussi contribué à raréfier des investissements étrangers déjà très faibles (0,6 % du PIB en 2009, quand la ­moyenne mondiale oscille entre 4 % et 6 %) depuis le début de 2010. L’Algérie se prive des transferts de compétences et de technologies qu’apportent ces capitaux.

Il y a gros à parier que ce « patriotisme économique » a de beaux jours devant lui, empêchant l’Algérie de commencer à réduire sa dépendance aux hydrocarbures et à créer de la vraie richesse pour sa population.

Pétrole

Première raison : la fin du pétrole n’est pas pour demain et, les nouveaux gisements aidant, l’extraction continuera bien au-delà de 2040, selon les spécialistes.

Deuxième raison : cela permettra au pouvoir de maintenir en place un système qu’il pratique depuis des décennies. Les recettes pétrolières nourrissent le budget de l’État, qui confie aux banques publiques les moyens de financer les entreprises publiques.

Et, troisième raison : comme cela ne créera pas d’emplois pérennes, formels et bien rémunérés, il faudra à intervalles réguliers ouvrir les vannes budgétaires pour calmer l’exaspération populaire. C’est ce qu’a fait, fin août, la loi de finances complémentaire 2010, qui prévoit une augmentation de plus de 30 % de la masse salariale de la fonction publique.

L’amélioration du pouvoir d’achat des Algériens continuera donc de dépendre du bon vouloir du gouvernement et pas de la qualité de leur travail.

Enfin, la transformation, grâce au pétrole, de l’économie algérienne en château fort a le grave inconvénient de lui interdire les retombées de l’intégration régionale. Avec le Maroc, la cause était désespérée. Avec la Tunisie, le divorce économique est en cours. « C’est tellement compliqué de faire des affaires en Algérie ! se lamente un entrepreneur tunisien. Nous avons tellement peur de ne pas respecter les règles opaques qu’ils ont mises en place que nous nous tournons de plus en plus vers la Libye. » Un gâchis pour l’Algérie, un gâchis pour le Maghreb