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Algérie : détours vers le futur

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Algérie : détours vers le futur

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Société

Encore quarante ans de croissance démographique

Contrairement à ses voisins maghrébins, le pays n’a pas accompli sa transition démographique. La population n’atteindra son pic – 50 millions d’habitants – qu’après 2050.

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Mis à jour le 11 novembre 2010 à 17:17

L’Algérie était, en 1962, le 38e pays le plus peuplé du monde, avec 11,2 millions d’habitants, selon la base de données des Nations unies. En 2010, elle a « progressé » de trois places pour se situer au 35e rang mondial, avec une population de 35,4 millions d’habitants. Dans le même temps, son voisin marocain a « reculé » du 34e au 38e rang (de 12,3 millions à 32,4 millions d’habitants). En clair, cela signifie que la croissance démographique de l’Algérie a été plus forte que celle du Maroc.

Cependant, comparée à celles d’autres pays qui avaient le même poids démographique qu’elle au début des années 1960, la population algérienne a beaucoup moins augmenté. Il y a cinquante ans, le Kenya avait ainsi 2 millions d’habitants de moins que l’Algérie. Aujourd’hui, il en a 5 millions de plus ! Autre exemple : le Soudan et l’Algérie étaient de taille similaire en 1960. En 2010, l’écart est de 8 millions d’âmes, en faveur du Soudan…

En attendant la stabilisation

La même comparaison avec un pays développé apporte un éclairage plus saisissant : en 1962, les Pays-Bas devançaient de peu l’Algérie (11,8 millions d’habitants). En 2010, la population algérienne est deux fois plus importante que celle des Pays-Bas. Contrairement aux pays européens et à ses voisins immédiats (Maroc, Tunisie), l’Algérie n’a pas accompli sa « transition » démographique, c’est-à-dire une baisse sensible de la fécondité des femmes en âge de procréer (inférieure à deux enfants par femme) et une baisse conséquente de son taux de croissance démographique (autour de 1 % par an).

Traduction de cette transition : la population se stabilise à long terme, avant de commencer à baisser lentement. Pour l’Algérie, ce sera le cas au cours des années 2050-2060 (autour de 50 millions d’habitants), soit dix ans après le début de la stabilisation au Maroc…

En fait, la fécondité des femmes algériennes n’a commencé à baisser sensiblement qu’à partir des années 1990, longtemps après le même déclin constaté au Maroc. Pendant les vingt premières années post-indépendance, le taux était en moyenne de 7 enfants par femme.

De 1980 à 2000, il a été réduit de 63 %, passant à 2,6. En raison de la taille acquise de la population (que les démographes appellent le « stock »), de la lenteur dans l’évolution des mentalités (contrôle des naissances, droits de la femme) et de l’amélioration des conditions de vie (les revenus, mais aussi le logement, les loisirs, un cercle familial restreint au couple et aux enfants, etc.), la baisse de la fécondité ne devrait se faire sentir qu’à partir de 2030. Date à laquelle l’Algérie entrera vraiment dans le processus de transition démographique, avec un taux de croissance d’environ 1 % en 2020 et 0,6 % en 2030, contre 1,4 % en 2010.