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Cet article est issu du dossier «Télécoms : la course à la 3G»

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Hamadoun Touré : « Il faut une régulation africaine à un niveau plus élevé »

Hamadoun Touré, secrétaire général de l'Union internationale des télécommunications (UIT). © D.R.

Tout juste reconduit dans ses fonctions, le président de l’Union internationale des télécommunications, Hamadoun Touré, estime notamment que les États doivent jouer pleinement leur rôle pour stimuler le secteur. Interview.

De retour du Mexique, Hamadoun Touré est un homme heureux. Après quatre ans au poste de secrétaire général de l’Union internationale des télécommunications (UIT), celui qui reste le premier Subsaharien à assumer cette fonction vient d’y être reconduit à l’occasion de la Conférence de plénipotentiaires de l’UIT, qui s’est close le 22 octobre.

D’une conférence à l’autre, le Malien se tourne désormais vers le 10e Colloque mondial des régulateurs, qui se tient du 9 au 12 novembre à Dakar, une première pour le continent africain. Les autorités de régulation des télécoms du monde entier y échangent, notamment sur les meilleures pratiques à adopter. Quelques jours avant cet événement, Hamadoun Touré nous parle du rôle méconnu des régulateurs, de leurs missions et de leur indépendance, à l’heure où le secteur des télécommunications prend un nouveau virage, avec notamment l’arrivée de l’internet haut débit.

JEUNE AFRIQUE : La téléphonie mobile est devenue incontournable en Afrique, mais le rôle des autorités de régulation reste méconnu. À quoi servent-elles ?

HAMADOUN TOURÉ : Le régulateur est indispensable au bon fonctionnement du secteur des télécommunications. Il est comme un arbitre sur le terrain, complémentaire avec les ministères qui font les lois. Le régulateur est là pour faire appliquer ces lois. Il doit aussi faire remonter aux États les difficultés qu’il constate sur le terrain en surveillant en permanence trois paramètres : la qualité du service, la couverture géographique et les tarifs. De manière plus générale, les régulateurs ont joué un rôle de catalyseur en Afrique et ont eu un impact positif sur le développement du secteur. Car tout cela n’aurait pas pu se faire dans un vide juridique.

Tous les États africains ont-ils mis en place des autorités, et sont-elles indépendantes ?

39 pays africains ont une autorité indépendante de régulation. Cela fait un taux de 90 %, ce qui est le niveau le plus élevé parmi les différentes régions du monde. Mais il faut bien préciser également que la question de l’indépendance est délicate. Il faut d’ailleurs plutôt parler d’interdépendance. Car, si les régulateurs doivent être indépendants des acteurs politiques, ils ne le sont pas des États.

Reste la question de leur efficacité et de leurs moyens financiers, alors que de nouveaux modes de communication, comme internet, et de nouveaux produits, comme le mobile banking, se généralisent…

Les moyens financiers n’ont jamais fait défaut aux régulateurs, qui se financent via un prélèvement sur les revenus des opérateurs. Nous sommes dans un domaine d’activité rentable. Mais il faut veiller en effet à l’indépendance financière. Les salaires des employés de l’autorité doivent notamment être alignés sur ceux pratiqués dans les entreprises de télécommunications.

De véritables bras de fer opposent États et opérateurs en Afrique, en matière de renégociation de licences mais aussi de nouvelles taxes. Les États peuvent-ils organiser le secteur des télécommunications s’ils sont en même temps des opérateurs ou s’ils possèdent une part du capital d’un opérateur ?

L’État ne peut pas être un opérateur ou même être présent au capital d’un opérateur. Mais c’est parfois le cas en Afrique comme ça l’est aussi dans certains pays européens. Regardez à Paris…

Les États n’ont donc aucun rôle à jouer…

Ils ont un rôle en matière de lois, mais aussi en matière de stimulation de certains domaines. Nous quittons la société de télécommunications et nous entrons dans la société de la connaissance, avec l’arrivée du large band [haut débit, NDLR] en Afrique. Il y a désormais 70 000 km de câbles autour de l’Afrique et une capacité globale très importante, de 15,7 terabytes. Mais il manque une politique ambitieuse des États africains en faveur du haut débit. Nous n’atteindrons pas les Objectifs du millénaire sans les nouvelles technologies, qui permettront par exemple la télé-médecine et la télé-éducation.

C’est dans ce cadre-là qu’a été mise en place la Broadband Commission, dont les deux présidents sont Carlos Slim [magnat mexicain des télécoms, NDLR] et Paul Kagamé (président du Rwanda). Les États et les régulateurs doivent jouer leur rôle dans ce domaine du haut débit, notamment en veillant à la baisse des tarifs pour rendre accessible internet au plus grand nombre.

Les opérateurs leaders engrangent des bénéfices considérables, notamment parce que les tarifs restent très élevés. Comment les régulateurs peuvent-ils intervenir sur la baisse des prix ?

Pour internet, si les tarifs ont baissé de 40 % ces dernières années, ils restent néanmoins très élevés. Dans certains pays du monde, le coût d’un accès à internet représente 0,3 % du revenu mensuel moyen. En Afrique, c’est parfois 100 % du revenu. Du côté du mobile, les tarifs ont diminué, mais ce sont souvent les prix en local qui ne baissent pas. Et il arrive parfois que le coût d’un appel international soit inférieur à celui d’un appel local. Cela signifie que les tarifs d’interconnexion à l’intérieur des pays [tarif payé par un opérateur pour acheminer un appel vers le réseau d’un autre opérateur, NDLR] ne sont pas correctement négociés et sont exagérément élevés.

C’est là, par exemple, que les régulateurs doivent intervenir directement. Une autre solution est d’amener un nouvel acteur sur le marché. Mais les États africains, sans parler des régulateurs eux-mêmes, sont souvent trop petits par rapport à certaines multinationales. Il faut donc mettre en place une coordination africaine à un niveau plus élevé. En Europe, la Commission européenne s’est bien impliquée sur la question du roaming [connexion interpays, NDLR].

En même temps, le monde des affaires tente forcément d’influer sur les autorités. Comment garantir que les autorités de régulation en soient protégées ?

En alignant les salaires, comme je l’ai déjà précisé. Mais je tiens toutefois à dire que ce n’est pas un problème spécifiquement africain. La corruption dans certains pays occidentaux ou au sein même de certaines multinationales existe, de manière parfois importante. Il n’y a pas, en tout cas, de problème particulier de corruption dans les télécoms africaines.

 

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