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Cet article est issu du dossier «Télécoms : la course à la 3G»

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Bob Collymore, un nouveau boss au Kenya

Bob Collymore, PDG de Safaricom. © D.R.

Depuis qu’il a pris les rênes de Safaricom, le 1er novembre, Bob Collymore mise notamment sur le marché du haut de gamme pour poursuivre le développement de la filiale locale de Vodafone.

Pour sa filiale kényane Safaricom, l’anglais Vodafone avait souhaité une passation de pouvoirs des plus banales. Ainsi, Robert William Collymore, alias « Bob », l’ancien directeur Afrique du Sud de la maison mère britannique (avec 40 % de parts, contre 35 % pour l’État et 25 % détenus par des actionnaires privés), avait déjà quitté Johannesburg depuis un an pour travailler au côté du très respecté Michael Joseph. Ce dernier parti à la retraite le 1er novembre dernier après dix ans aux commandes, le Guyanien (Collymore vient de la République de Guyana, ancienne colonie britannique en Amérique du Sud) de 52 ans devra compter sur autre chose que sa british attitude – il se dit « anglais de comportement » – pour convaincre les actionnaires.

Guerre des prix

D’autant que le marché kényan des télécommunications vit un vrai chamboulement depuis que Bharti Airtel a radicalement baissé les tarifs des appels de sa nouvelle acquisition, Zain. Orange, Yu et Safaricom n’ont pas eu d’autre choix que de suivre. Mais peu de temps après l’annonce de sa nomination, en juillet, Collymore a déclaré qu’il n’irait pas plus loin dans la guerre des tarifs : « J’ai un rôle plus grand à jouer que de me perdre là-dedans. Nous allons continuer à investir et à lancer des produits qui ajoutent de la valeur à notre image de marque. » Décryptage : le marché kényan se divise désormais en tranches, et Safaricom misera sur celle du haut de gamme – internet et smartphones – plutôt que d’aller chercher sa part des 30 % de Kényans qui n’ont pas encore de téléphones portables. De l’audace, Collymore n’a pas l’air d’en manquer.

Arrivé en Grande-Bretagne en 1974 à l’âge de 16 ans, il a démarré sa carrière dans le secteur de la téléphonie avec British Telecommunications, où il est resté quinze ans. Il devient par la suite directeur des achats de téléphones pour la chaîne d’électronique anglaise Dixons, rejoint Vodafone en 2000 à un poste d’achat de combinés, avant de se voir nommer au Japon en 2003 dans un rôle plus stratégique.

Ce n’est qu’en 2006, finalement, qu’il débarque vraiment sur le continent, dont il se dit amoureux. Il l’a beaucoup pratiqué lors de voyages, surtout dans sa partie australe. Collymore est de ceux qui prétendent que le téléphone portable est un outil d’enrichissement pour les plus pauvres à travers des services d’information qui permettent, par exemple, de suivre le cours du bétail ou des matières premières sur les marchés mondiaux.

Vision sociale

Idéaliste ? Une vision « sociale » du téléphone, en tout cas, qui se traduit aussi dans le concret, avec ses actions menées avant de s’installer à Nairobi en 2009 : il fut chargé pendant deux ans du volet « responsabilité sociale » de Vodacom (filiale sud-africaine de Vodafone), notamment en Tanzanie, où il mobilisait des centaines d’employés pour passer leurs samedis à distribuer des dons d’habits et de nourriture aux plus démunis.

Un engagement qu’il décline aussi dans sa vie privée avec entre autres l’adoption, en Afrique du Sud en 2006, avec sa femme Claire, d’une orpheline, Sarah, aujourd’hui âgée de 3 ans et demi. Leur fils James, 18 ans, fait lui ses études de musique en Grande-Bretagne. Collymore père, mordu de saxo, et son fils, pianiste, constitueraient d’ailleurs un redoutable duo de jazz. Et quand James est absent, Collymore prend de la hauteur avec son hélicoptère, son autre passion.

Confiance

Mais c’est surtout l’expérience antérieure de Collymore – d’avoir lancé le réseau 3G de Vodafone dans le milieu des affaires au Japon – qui devrait lui être utile dans la stratégie d’essor envisagée pour Safaricom. « Le Kenya est connu pour son esprit d’innovation », a-t-il déclaré au quotidien kényan Business Daily. « Mon but est d’assurer un équilibre entre l’innovation et le maintien de notre part de marché. »

Malgré une certaine déception au Kenya – où beaucoup espéraient que la présidence de Safaricom passerait à un Kényan –, les analystes sur place s’accordent à dire que la nomination de Collymore indique de la part de Vodafone une confiance en l’économie du pays. « Le marché est en plein essor grâce à l’amélioration des infrastructures », explique Kuria Muchiru de PricewaterhouseCoopers. « Le choix de Collymore représente la prise de conscience par Vodafone que le marché kényan est prêt à passer à la vitesse supérieure. » Il reviendra donc au nouveau patron de tout mettre en musique.

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