Culture

Zahi Hawass ou le retour de l’Égyptologie en terre natale

Zahi Hawass lors de la découverte d'une momie, au pied de la pyramide de Saqqarah, en 2009. © Mike Nielson/Pool/Reuters

Chef du Conseil suprême des antiquités égyptiennes, Zahi Hawass, est devenu un héro national dans sa croisade pour récupérer les objets qu’il estime « volés » par les ex-puissances coloniales.

Les berlines aux vitres teintées grimpent lentement la piste rocailleuse qui mène au temple de Taposiris Magna, à 45 km à l’ouest d’Alexandrie. Zahi Hawass, le chef du Conseil suprême des antiquités égyptiennes (CSA), a invité les ambassadeurs d’Amérique latine en Égypte à venir visiter ce temple de l’époque ptolémaïque, construit au IIIe siècle av. J.-C. « How are you ? How was the traffic to come here ? » Hawass salue chaleureusement chaque diplomate. À ses côtés, Kathleen Martinez, une jeune archéologue de République dominicaine qui fouille les entrailles du temple depuis cinq ans dans l’espoir de retrouver le tombeau de Cléopâtre et Marc-Antoine. Coiffé de son célèbre chapeau à la Indiana Jones, le Dr Hawass raconte comment la timide Kathleen est venue le voir en 2004 pour lui faire part de son intuition : la plus célèbre reine égyptienne serait enterrée là. Depuis, elle a fait plusieurs découvertes, dont un buste d’albâtre à l’effigie de Cléopâtre, une douzaine de momies, un réseau de galeries et de chambres souterraines… « Il n’y a pas de preuve qu’il s’agit de la tombe de Cléopâtre, mais j’ai la conviction qu’il y a un personnage important sous ses pierres, peut-être Alexandre le Grand », affirme Kathleen Martinez.

Qu’importe, après tout. Le rêve, voilà ce qui compte vraiment. À la tête du CSA depuis 2002, Zahi Hawass, homme trapu et énergique de 62 ans, en a fait son fonds de commerce. Enchaînant les conférences à l’étranger, il entretient la fascination pour la civilisation disparue des pharaons, qui draine toujours plus de touristes vers son pays.

L’accord du Metropolitan Museum of art de New York pour rendre à l’Égypte 19 objets provenant de la tombe de Toutankhamon, annoncé le 10 novembre par le CSA, devrait encore renforcer l’aura de Zahi Hawass. Ce fils de paysans est en effet devenu le « Dr Hawass », héros national. C’est sa croisade pour récupérer les objets qu’il estime « volés » par les ex-puissances coloniales – dont la pierre de Rosette, à Londres, le buste de Néfertiti (Berlin) et le zodiaque de Denderah (Paris) – qui l’a rendu populaire.

L’aventure commence en 1947 dans un petit village près de Damiette, dans le delta du Nil. « J’étais le fils aîné, donc mon père, un paysan, voulait que je fasse des études », commence-t-il, assis derrière son large bureau du CSA. Mais le petit Zahi passe son temps à jouer au football. Arrivé malgré tout à l’université, il s’inscrit un peu par hasard dans le département d’archéologie que l’université d’Alexandrie vient d’ouvrir. Ses études terminées, il est nommé inspecteur des antiquités. « Cela m’a déprimé : les gens qui travaillaient là ne faisaient rien, ils venaient à 9 heures au bureau et repartaient à midi », décrit-il. Il essaie de changer de voie, sans succès. « Puis on m’a envoyé sur des fouilles dans le désert. J’étais mécontent de quitter Le Caire. Je ne sortais pas de la tente, j’avais peur de salir mon costume », poursuit Hawass en souriant. « Un jour, on me dit de venir voir une statue d’Aphrodite tout juste découverte. En la nettoyant avec mon pinceau, je suis tombé amoureux. J’avais trouvé ma passion, l’archéologie », conclut-il d’un air triomphant.

Il étudie ensuite pendant sept ans à l’université de Pennsylvanie. « J’y ai beaucoup appris, notamment à gagner de l’argent pour mon pays », dit-il. La machine Hawass, en effet, aide à remplir les caisses du CSA : jusqu’à 11 000 euros la conférence, des shows télévisés en direct des pyramides payés grassement, un livre en édition limitée, intitulé A Secret Voyage, relatant la vie de l’archéologue et vendu 3 000 euros l’unité…

Du coup, certains lui reprochent d’être un homme d’affaires et de spectacle plus qu’un scientifique. Ou d’annoncer les découvertes des autres à leur place. Mais aucun archéologue travaillant en Égypte n’oserait le critiquer ouvertement, au risque de perdre son chantier. La plupart des égyptologues occidentaux s’accordent pourtant sur un point : Zahi Hawass a revalorisé l’histoire pharaonique aux yeux de ses compatriotes, qui ont longtemps méprisé cette civilisation antéislamique. « Il a redonné une fierté aux archéologues égyptiens et les a professionnalisés », affirmait Guillemette Andreu, directrice du département des antiquités égyptiennes du Louvre, en décembre 2009, peu après la controverse sur les fragments de fresque détenus par le musée parisien et dont le CSA a obtenu la restitution.

Pour Hawass, il s’agit aussi de sonner le glas du règne des archéologues européens en Égypte. « Je suis le roi ! Pas lui ! » s’époumone-t-il en tapant du poing sur la table, lorsqu’on mentionne le nom de Nicolas Grimal, ex-directeur de l’Institut français d’archéologie orientale, au Caire, et titulaire de la chaire d’égyptologie au Collège de France. Un vieux contentieux oppose les deux personnages, mais la querelle traduit un ressentiment envers les anciens « maîtres » européens. « Avant, les Français contrôlaient toutes les fouilles en Égypte. Moi j’ai simplement instauré des règles, que tout le monde doit respecter », martèle le directeur du CSA, qui compte plus de 30 000 employés. Chaque mission étrangère doit désormais passer par un processus administratif précis avant d’obtenir une autorisation de fouilles.

Au-delà de la croisade pour récupérer les antiquités « volées », de nombreux chantiers sont en cours : la construction du nouveau musée du Caire, au pied des pyramides, l’ouverture d’une vingtaine d’autres musées dans le pays, les rénovations d’églises, de temples, de synagogues… Autant dire que pour le Dr Hawass la retraite est une notion abstraite. En octobre 2009, un décret présidentiel l’a d’ailleurs nommé vice-ministre de la Culture, un titre qui lui permet de rester à la tête du CSA indéfiniment, alors qu’il aurait dû céder sa place en mai dernier, atteint par la limite d’âge. Mais qui pourrait le remplacer ? « J’ai 1 000 personnes ultracompétentes aujourd’hui au CSA. Mais pour parler, c’est différent. Dieu m’a donné ce don pour raconter les choses, que puis-je faire ? » affirme-t-il en souriant, sans attendre de réponse.

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